Il y a de fortes chances qu’un tube de granules traîne quelque part chez toi, dans un tiroir de salle de bains ou au fond d’une trousse de voyage. C’est le cas d’un Français sur deux : l’homéopathie reste, de très loin, le remède le plus présent dans les armoires françaises. Et franchement, c’est un objet étrange : un petit cylindre de verre, des billes blanches minuscules, un nom latin sur l’étiquette, et absolument aucune notice. Pas de posologie, pas d’indication, rien. Tu l’as peut-être déjà remarqué sans y prêter attention.
Et là tu te demandes peut-être : qu’est-ce qui est vraiment établi sur l’homéopathie, au-delà des camps qui s’affrontent depuis quarante ans ? Parce que le débat public sur l’homéopathie tourne en rond, entre ceux qui parlent de mémoire de l’eau et ceux qui parlent de charlatanerie, et qu’au milieu il y a surtout des gens qui prennent des granules et qui aimeraient savoir ce qu’ils prennent.
Cet article ne va pas te dire ce qu’il faut penser. Il va te dire ce qui est démontré, au sens strict : ce qui repose sur un calcul que tu peux refaire, sur un texte officiel que tu peux ouvrir, sur une étude que tu peux lire. Et tu vas voir que ce qui est démontré n’est pas du tout ce que les deux camps racontent. Ce n’est ni que l’homéopathie guérit, ni qu’elle est dangereuse. C’est plus intéressant que ça, et plus dérangeant pour tout le monde.
Homéopathie : ce qu’il y a réellement dans un tube
Commençons par le seul point du dossier de l’homéopathie où il n’y a strictement aucune discussion possible, parce qu’il s’agit d’arithmétique. Une dilution notée « CH », pour centésimale hahnemannienne, désigne une suite de dilutions au centième : à chaque étape, une part de la préparation précédente est mélangée à 99 parts de solvant, dans un flacon neuf, puis secouée. C’est ce qu’on appelle la succussion. Le chiffre placé devant les lettres indique le nombre d’étapes. Cette définition n’est pas une invention de détracteurs : elle figure telle quelle dans le document de l’Organisation mondiale de la santé consacré à la sécurité de préparation des médicaments homéopathiques, publié en 2009.
Une dilution à n étapes correspond donc à un facteur de dilution de 10 puissance moins 2n. Une 5 CH, c’est 10 puissance moins 10. Une 30 CH, c’est 10 puissance moins 60. Maintenant, la question que tout le monde pose à propos de l’homéopathie : à partir de quand n’y a-t-il plus rien ?
Le calcul, posé en entier
Depuis la révision du Système international d’unités entrée en vigueur en 2019, la constante d’Avogadro n’est plus mesurée : elle est fixée par définition. Sa valeur est exactement 6,022 140 76 × 10²³ par mole, sans aucune incertitude, comme l’indique la brochure du Bureau international des poids et mesures et la fiche du NIST, qui porte la mention « exact ». Son inverse vaut 1,660 539 × 10⁻²⁴.
On cherche le premier rang n pour lequel le facteur de dilution passe sous cette valeur, c’est-à-dire le rang à partir duquel une mole entière de produit de départ laisse, en moyenne, moins d’une molécule. Il faut que 10 puissance moins 2n soit inférieur à 1,660 539 × 10⁻²⁴, donc que 2n soit supérieur à 23,7798, donc que n soit supérieur à 11,8899. Le premier entier qui convient est 12.
- 5 CH : facteur 10⁻¹⁰, il reste environ 60 000 milliards de molécules.
- 9 CH : facteur 10⁻¹⁸, il reste environ 600 000 molécules.
- 11 CH : facteur 10⁻²², il reste une soixantaine de molécules.
- 12 CH : facteur 10⁻²⁴, l’espérance tombe à 0,6 molécule. C’est le franchissement du seuil.
- 15 CH : facteur 10⁻³⁰, soit 0,000 000 6 molécule.
- 30 CH : facteur 10⁻⁶⁰. Le nombre s’écrit avec trente-six zéros après la virgule.
Attention à la formulation, parce que c’est exactement là que le débat sur l’homéopathie déraille d’habitude. On lit partout, à propos de l’homéopathie, que « au-delà de 12 CH il ne reste plus aucune molécule ». C’est faux au sens strict, et c’est le point sur lequel les défenseurs de l’homéopathie ont raison de corriger. La formulation rigoureuse est probabiliste : c’est l’espérance mathématique du nombre de molécules qui passe sous 1, et la probabilité d’en rencontrer une qui devient négligeable, puis astronomiquement négligeable. Nuance importante aussi : ce calcul suppose une mole de produit pur au départ. Une teinture mère réelle est bien moins concentrée, et tu n’avales pas une mole mais un granule de quelques dizaines de milligrammes. Dans la vraie vie, le seuil est donc atteint plus tôt, pas plus tard.
Ce que représente une 30 CH
Posons le calcul jusqu’au bout, parce que l’ordre de grandeur mérite d’être vu. En partant d’une solution mère à une mole par litre, une 30 CH contient 6 × 10⁻³⁷ molécule par litre. Pour espérer en rencontrer une seule, il faudrait donc disposer d’environ 1,66 × 10³³ mètres cubes d’eau.
Une sphère d’eau de ce volume aurait un diamètre de 1,47 × 10¹¹ mètres, soit 0,98 unité astronomique : presque exactement la distance de la Terre au Soleil.
Le même volume représente environ 1,2 million de fois le volume du Soleil, dont la fiche technique de la NASA donne 1,412 × 10²⁷ mètres cubes, et un million de milliards de fois le volume de tous les océans de la Terre, que la NOAA estime à 1 335 millions de kilomètres cubes. Ce ne sont pas des images : ce sont des divisions que tu peux refaire toi-même à partir des trois chiffres ci-dessus.
Une précision d’équité, et elle compte : l’OMS signale elle-même dans le même document qu’« il existe aussi des médicaments homéopathiques de dilution considérablement plus faible, qui contiennent effectivement des molécules pouvant être actives au sens biochimique ». Une 5 CH ou une 9 CH ne sont pas des tubes vides. Elles contiennent des quantités sans commune mesure avec une dose active connue, mais elles contiennent quelque chose. Le franchissement du seuil d’Avogadro est un argument physique, pas un argument pharmacologique, et les confondre serait exactement l’erreur symétrique de celle qu’on reproche aux promoteurs de l’homéopathie.
Ce que disent les études, y compris les plus favorables
C’est ici qu’il faut être méthodique, parce que sur l’homéopathie chacun cite l’étude qui l’arrange. La règle qu’on s’est fixée pour cet article sur l’homéopathie est simple : on cite d’abord les travaux les plus favorables à l’homéopathie, et on les cite correctement, avec leurs chiffres exacts et les réserves de leurs propres auteurs.
Les méta-analyses les plus favorables
Ce sont celles de Robert Mathie et de ses collaborateurs, publiées en accès libre dans la revue Systematic Reviews. Celle de 2014, consacrée à l’homéopathie individualisée, a retenu 32 essais randomisés contre placebo portant sur 24 affections. Sur les 22 essais exploitables, l’odds ratio poolé est de 1,53, avec un intervalle de confiance à 95 % de 1,22 à 1,91, en faveur de l’homéopathie. Sur les 3 seuls essais que les auteurs jugent méthodologiquement fiables, il monte à 1,98, de 1,16 à 3,38.
C’est le meilleur résultat publié en faveur de l’homéopathie, et il doit être donné entier. Les auteurs écrivent que les médicaments prescrits en homéopathie individualisée « pourraient avoir de petits effets thérapeutiques spécifiques », au conditionnel, et ajoutent immédiatement que la qualité faible ou incertaine de l’ensemble des preuves « incite à la prudence dans l’interprétation ». Vingt des trente-deux essais étaient à risque de biais élevé. Et à propos du sous-groupe de trois essais qui donne le chiffre de 1,98, ils précisent eux-mêmes qu’il « est trop restreint pour permettre une réponse décisive », que le résultat « est soit un faux positif, soit le reflet de nouvelles hypothèses sur le mécanisme d’action », et que l’un de ces trois essais « présentait des indices de conflit d’intérêts ». Le financement est déclaré : British Homeopathic Association et Manchester Homeopathic Clinic.
La méta-analyse jumelle de 2017, sur l’homéopathie non individualisée, porte sur 75 essais et 48 affections. La différence moyenne standardisée y est de moins 0,33, mais elle tombe à moins 0,16 après correction du biais de publication, et à moins 0,18 non significatif sur les trois essais fiables. Et c’est la même équipe, financée par les mêmes organismes, qui écrit la phrase la plus lourde de tout le dossier : « il n’existe aucune affection clinique unique pour laquelle la méta-analyse ait inclus des preuves fiables ».
Les grandes synthèses indépendantes
En mars 2015, le Conseil national australien de la recherche médicale et sanitaire a publié une évaluation portant sur 57 revues systématiques, couvrant 68 affections et regroupant 176 études. Sa conclusion officielle : « il n’existe aucune affection pour laquelle on dispose de preuves fiables que l’homéopathie soit efficace ». Formulation à respecter mot pour mot, parce que le NHMRC lui-même a dû préciser ensuite que, contrairement à ce qu’on lui fait dire, « la revue n’a pas conclu que l’homéopathie était inefficace ». Absence de preuve fiable et preuve d’absence ne sont pas la même chose.
Un mot sur la polémique qui accompagne ce rapport, puisqu’elle circule beaucoup. Un premier document intermédiaire, commandé en 2012 à un prestataire dont le contrat a été résilié d’un commun accord la même année, n’a jamais été validé par le comité d’experts ; le NHMRC l’a rendu public en août 2019 dans une version annotée. Saisi d’une plainte en janvier 2017, le Médiateur du Commonwealth australien a clos son enquête en juillet 2023 : il indique n’avoir pu trancher les questions de méthodologie faute d’expert indépendant disponible, et n’avoir retenu aucun grief contre le NHMRC. Les deux camps citent cette affaire, et aucun des deux ne devrait.
La Cochrane Collaboration, référence internationale de la synthèse des preuves, a consacré neuf revues systématiques à l’homéopathie : infections respiratoires aiguës de l’enfant, mise à jour en 2022, syndrome de l’intestin irritable en 2019, Oscillococcinum et grippe en 2015, effets indésirables des traitements anticancéreux en 2009, trouble déficitaire de l’attention en 2007, asthme chronique en 2004, déclenchement du travail et démence en 2003. Aucune ne conclut à une efficacité démontrée de l’homéopathie. La plus favorable, celle de 2015, dit que les preuves disponibles ne permettent pas de conclusions solides et que, vu la faible qualité des études éligibles, elles ne sont pas convaincantes, tout en précisant honnêtement qu’elles « n’excluent pas la possibilité » d’un effet utile.
Le seul signal positif de toute la série Cochrane mérite qu’on le suive jusqu’au bout, parce qu’il est instructif. La revue de 2009 sur les effets indésirables des traitements du cancer signalait des données préliminaires favorables pour un bain de bouche contre les mucites de chimiothérapie, sur 32 patients, en appelant explicitement à une réplication. Cette réplication a été faite : le Children’s Oncology Group l’a menée sur 181 patients et n’a retrouvé aucune différence avec le placebo.
L’étude de référence publiée dans The Lancet en 2005 par l’équipe de Shang et Egger a comparé 110 essais d’homéopathie contre placebo à 110 essais de médecine conventionnelle appariés par pathologie et par type de critère. Restreinte aux essais à la fois grands et de bonne qualité, l’analyse donnait un odds ratio de 0,88, de 0,65 à 1,19, sur 8 essais d’homéopathie, résultat non significatif, contre 0,58, de 0,39 à 0,85, sur 6 essais conventionnels. Cette analyse a été contestée sérieusement : Lüdtke et Rutten ont montré en 2008 que le résultat dépend beaucoup du seuil retenu pour définir un grand essai, et qu’en gardant les 21 essais de haute qualité l’effet redevenait significatif, à 0,76 de 0,59 à 0,99. Leur conclusion propre reste pourtant étroite : les résultats de Shang sont « moins définitifs qu’ils n’ont été présentés ». Ils ne concluent pas à une efficacité.
Ce que devient la littérature quand on regarde ce qui n’a pas été publié
C’est le résultat le moins connu et probablement le plus décisif. Une analyse parue en 2022 dans BMJ Evidence-Based Medicine, signée Gerald Gartlehner et son équipe, a recensé les essais d’homéopathie enregistrés dans les registres internationaux depuis 2002, puis cherché s’ils avaient été publiés. Près de 38 % des essais enregistrés ne l’ont jamais été. La moitié des essais randomisés publiés n’avaient jamais été enregistrés. Et dans un quart des cas, le critère de jugement principal avait changé entre l’enregistrement et la publication.
Le chiffre à retenir est ailleurs. En séparant les deux groupes, les essais non enregistrés affichent un effet de moins 0,53, de moins 0,87 à moins 0,20 ; les essais enregistrés, eux, affichent moins 0,14, de moins 0,35 à plus 0,07, c’est-à-dire un intervalle qui franchit zéro. Autrement dit : quand un essai d’homéopathie a été déclaré à l’avance, avec son critère de jugement annoncé avant de connaître le résultat, l’effet disparaît.
Dernier point, et il n’est pas anodin : les quelques essais spectaculairement favorables à l’homéopathie publiés ces dernières années ont tous été rétractés par les revues qui les avaient accueillis. L’essai sur le cancer du poumon paru dans The Oncologist en 2020, celui sur la dépression de la ménopause paru dans PLOS One en 2015, et la méta-analyse sur le trouble déficitaire de l’attention parue dans Pediatric Research en 2022 portent tous trois aujourd’hui la mention retracted. Ils continuent pourtant de circuler, y compris dans des articles de vulgarisation en français. Si on te cite l’un d’eux, tu sais maintenant quoi vérifier.
En septembre 2017, le Conseil consultatif scientifique des académies des sciences européennes a résumé l’ensemble dans une déclaration formelle : « toute efficacité revendiquée des produits homéopathiques en usage clinique peut s’expliquer par l’effet placebo, ou être attribuée à une conception d’étude défaillante, à la variation aléatoire, à la régression vers la moyenne ou au biais de publication ». Et de préciser, ce qui est la formulation la plus exacte disponible : « il n’existe aucune maladie connue pour laquelle on dispose de preuves robustes et reproductibles que l’homéopathie soit efficace au-delà de l’effet placebo ».
Ce que ça ne veut PAS dire
C’est vrai que tout ce qui précède se lit facilement comme un réquisitoire. Ce serait une lecture paresseuse, et surtout inexacte sur quatre points au moins.
Ça ne veut pas dire que les granules sont dangereux
Une revue systématique de 2016 parue dans Complementary Therapies in Medicine, portant sur 41 essais randomisés et 6 055 participants, n’a trouvé aucune différence d’effets indésirables entre homéopathie et comparateur : un odds ratio de 0,99, de 0,86 à 1,14. Du sucre reste du sucre, et sur ce point précis l’homéopathie est irréprochable. C’est d’ailleurs ce que relève la Haute Autorité de santé elle-même dans son avis de 2019, où elle note « la très bonne tolérance et le profil de sécurité » de ces produits. Omettre cette phrase serait tronquer une citation.
Ça ne veut pas dire que les gens qui en prennent sont crédules
Selon le Baromètre santé 360 réalisé par Odoxa auprès de 995 Français interrogés fin décembre 2018, 52 % déclarent avoir recours à l’homéopathie pour se soigner. Le même sondage a interrogé 290 médecins : les deux tiers n’en reconnaissent pas les bienfaits, et un médecin sur deux qui en recommande le fait sans croire à son efficacité, dont 41 % au nom de l’effet placebo. Le tableau n’est donc pas celui d’une population naïve face à des soignants lucides. C’est un arrangement collectif, dans lequel prescripteurs et patients ont chacun leurs raisons.
Ça ne veut pas dire que Hahnemann avait tort en son temps
Il faut mesurer ce qu’était la médecine que Samuel Hahnemann, fondateur de l’homéopathie, né à Meissen en 1755 et mort à Paris en 1843, avait sous les yeux. Saignées répétées, sangsues, purgatifs violents, ulcères artificiels créés au cautère, vésicatoires à la poudre de cantharide : ces pratiques, que les historiens désignent aujourd’hui sous le nom de médecine héroïque, étaient appliquées avec confiance en Europe et en Amérique jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle. Leur figure emblématique, Benjamin Rush, médecin en chef de l’armée de George Washington, saignait et purgeait abondamment ses patients fiévreux.
Et contrairement à l’idée reçue, la saignée n’était pas un archaïsme résiduel : elle a atteint son apogée après Hahnemann. L’usage des sangsues à Dublin a été multiplié par quarante-cinq entre 1780 et 1836, et lorsque The Lancet fut fondé en 1823, il prit son nom de la lancette, le couteau à saignée, alors considéré comme l’instrument le plus caractéristique de la médecine. Dans ce contexte, une méthode qui ne faisait rien, qui se contentait de laisser la maladie suivre son cours, pouvait produire de meilleurs résultats que le traitement de son temps. Les historiens relèvent d’ailleurs que la concurrence des homéopathes et leur dérision des thérapeutiques héroïques ont compté parmi les facteurs de l’abandon de la saignée.
Reste que cet argument, parfaitement valable en 1810, ne dit plus rien en 2026. L’alternative à l’homéopathie n’est plus la saignée. C’est là que la charnière se situe, et elle mérite d’être dite explicitement.
Ça ne veut pas dire qu’aucune publication scientifique ne soutient l’homéopathie
Une équipe de l’Indian Institute of Technology de Bombay a détecté par microscopie électronique des nanoparticules du métal de départ dans des remèdes commerciaux très dilués, et proposé une explication physique dans Langmuir, une revue de l’American Chemical Society : les nanoparticules remonteraient en monocouche à la surface du liquide et seraient reprises à l’étape suivante, d’où une concentration qui ne tombe jamais à zéro. Ces travaux existent, ils sont réels, ils constituent l’argument physique le plus sérieux avancé en faveur de l’homéopathie, et les nier serait malhonnête.
Trois limites doivent être énoncées avec la même précision. D’abord, ces travaux ne portent que sur des remèdes dérivés de métaux, soit une fraction minime de la pharmacopée homéopathique : ni les souches végétales, ni les souches animales ne sont concernées. Ensuite, détecter une particule n’est pas démontrer un effet : le seul effet biologique avancé par la même équipe est une réponse cellulaire observée en éprouvette, sans aucun lien établi avec un effet clinique chez l’humain. Enfin, et c’est le plus intéressant, les auteurs concluent eux-mêmes dans Langmuir que « toutes les dilutions ne sont qu’apparentes et non réelles au regard des concentrations des matières premières de départ ».
Prends une seconde pour mesurer ce que cette phrase implique. Si les dilutions ne sont qu’apparentes, alors le procédé homéopathique ne dilue pas ce qu’il prétend diluer. Ce n’est pas la validation d’un principe, c’est la description d’un artefact de fabrication. Et cela contredit frontalement le dogme central de l’homéopathie, selon lequel l’effet croîtrait avec la dilution. L’argument le plus solide contre l’homéopathie vient ici du camp qui la défend, dans une revue de chimie de premier plan.
Et la mémoire de l’eau, ce pilier théorique de l’homéopathie ?
L’expression est journalistique, elle n’apparaît pas dans l’article qui l’a rendue célèbre. Celui-ci est paru dans Nature le 30 juin 1988, signé Elisabeth Davenas en premier auteur, dans l’unité 200 de l’Inserm dirigée par Jacques Benveniste. Fait très inhabituel, Nature a publié dans le même numéro un éditorial d’avertissement intitulé « Quand croire l’incroyable », annonçant que l’article décrivait « des observations pour lesquelles il n’existe aucune base physique connue » et qu’il y avait « de bonnes raisons, et des raisons particulières, pour que les gens prudents suspendent leur jugement ».
La publication était conditionnée à une inspection du laboratoire. L’équipe envoyée à Clamart comptait trois personnes : John Maddox, rédacteur en chef de Nature, Walter Stewart, biologiste des National Institutes of Health spécialiste des fraudes scientifiques, et James Randi, prestidigitateur professionnel. Randi scella au plafond, sous papier d’aluminium, le code d’identification des échantillons du test en aveugle, non pas tant pour empêcher une manipulation, expliqua-t-il plus tard, que pour voir si quelqu’un tenterait d’en commettre une. Le compte rendu, publié le 28 juillet 1988, concluait que le rapport constituait « une base sans consistance pour les affirmations qui en étaient tirées ». L’équipe n’a pas conclu à une fraude : elle a conclu à un défaut méthodologique et statistique.
La réplication indépendante est venue en décembre 1993, par une équipe de l’University College London menée par Hirst, dans Nature. Verdict des auteurs, après avoir suivi le protocole original d’aussi près que possible : « aucun aspect des données n’est compatible avec les affirmations publiées précédemment ». Sur le plan physique, la déclaration de 2017 des académies européennes est catégorique : l’effet des espèces dissoutes sur la structure de l’eau est de courte portée, de l’ordre du nanomètre, il ne dépasse pas leur couche d’hydratation immédiate et ne dure pas au-delà de la nanoseconde. Une mémoire durable de l’eau ne tient pas, non pas parce qu’elle dérange, mais parce que les échelles de temps ne collent pas de plusieurs ordres de grandeur.
Un médicament défini par sa fabrication, pas par son effet
Voilà le point que presque personne ne connaît sur l’homéopathie, et c’est probablement le plus important de cet article. Les granules sont juridiquement des médicaments. Mais regarde comment le droit européen les définit. La directive 2001/83/CE, à son article 1er, appelle médicament homéopathique « tout médicament obtenu à partir de substances appelées souches homéopathiques selon un procédé de fabrication homéopathique décrit par la pharmacopée européenne ». La définition porte sur le procédé. Pas une seule fois sur un résultat.
Et ce n’est pas une lecture militante du texte, parce que la même directive dit la chose explicitement quelques articles plus loin. Son article 14, paragraphe 2, étend aux médicaments homéopathiques les règles applicables aux autres médicaments, avec une réserve textuelle : « à l’exception de la preuve de l’effet thérapeutique ».
La procédure d’enregistrement des granules est, mot pour mot, dispensée d’apporter la preuve de l’effet thérapeutique.
Il y a une contrepartie, et elle explique enfin l’étrangeté du tube dans ton tiroir. Puisqu’aucune efficacité n’a à être démontrée, aucune indication ne peut être revendiquée : le même article exige « l’absence d’indication thérapeutique particulière sur l’étiquette ou dans toute information relative au médicament », et l’article 69 impose la mention « médicament homéopathique sans indications thérapeutiques approuvées ». C’est pour cela qu’il n’y a ni notice ni posologie sur un tube de granules. Ce n’est pas un oubli de fabricant, c’est une obligation réglementaire.
Une précision d’honnêteté, parce que la formule « l’homéopathie n’a jamais à prouver son efficacité en Europe » serait excessive. Cette dispense vaut pour la voie de l’enregistrement simplifié, celle des tubes vendus sous nom latin. Les spécialités vendues sous nom de marque, elles, relèvent d’une autorisation de mise sur le marché, avec indication et notice ; mais elle est obtenue sur un dossier adapté, fondé sur un usage généralement lié à la tradition.
Côté français, l’Agence nationale de sécurité du médicament décrit sa propre mission sans ambiguïté : elle est garante, écrit-elle, « de leur qualité, de leur innocuité et de la reconnaissance de leur usage homéopathique, c’est-à-dire de leur usage traditionnel ». Qualité : oui, et réellement. Sécurité : oui, et réellement. Le troisième pilier de la chaîne d’autorisation n’est pas l’efficacité, c’est la tradition. L’efficacité de l’homéopathie n’apparaît à aucun moment, du droit européen jusqu’au comptoir de la pharmacie.
Pourquoi le remboursement s’est arrêté
La commission de la transparence de la Haute Autorité de santé a rendu le 26 juin 2019, après un projet d’avis en mai et une audition des laboratoires en juin, un avis défavorable au maintien de la prise en charge. L’évaluation a porté sur près de 1 200 souches et plus de 1 000 publications scientifiques, avec les dossiers déposés par les trois laboratoires concernés. Pour les 24 affections et symptômes pour lesquels des données ont pu être identifiées, la commission a estimé que ces médicaments « n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement ».
Le taux de prise en charge, qui était de 30 %, a été ramené à 15 % au 1ᵉʳ janvier 2020, puis supprimé au 1ᵉʳ janvier 2021. Attention à ne pas confondre déremboursement et interdiction : ces produits restent parfaitement légaux, en vente libre en pharmacie, et peuvent toujours être prescrits. La même année, le 3 octobre 2019, le Conseil national de l’Ordre des médecins a mis fin au régime dérogatoire qui permettait depuis 1984 d’afficher la mention « orientation en homéopathie » sur une plaque après 300 heures de formation, universitaire ou non ; la décision ne vaut que pour l’avenir.
Quant à l’effet économique, il est plus modeste qu’on ne l’imagine. Cinq ans après la fin du remboursement, le principal laboratoire français a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires consolidé de 501,1 millions d’euros, en hausse de 2,8 %, avec une activité française quasi stable. Le déremboursement n’a pas fait disparaître l’homéopathie : il a simplement déplacé la question du budget public vers le porte-monnaie de chacun.
Alors pourquoi est-ce qu’on se sent mieux ?
Parce que tu t’es probablement senti mieux, une fois, après avoir pris des granules d’homéopathie. Cette expérience est réelle et elle ne se discute pas. Ce qui se discute, c’est son interprétation, et il y a quatre explications documentées qui n’ont rien à voir avec le contenu du tube.
La plupart des maladies bénignes guérissent seules
Une revue systématique publiée au BMJ en 2013 a mesuré la durée réelle des symptômes d’infections respiratoires chez l’enfant sur 23 essais et 25 études observationnelles. Chez 90 % des enfants, une otalgie est résolue en sept à huit jours, un mal de gorge en deux à sept jours, un rhume en quinze jours, une toux aiguë en vingt-cinq jours. Les auteurs notent d’ailleurs que ces durées sont « considérablement plus longues que ce qui est actuellement dit aux parents ». Un granule d’homéopathie pris au jour 3 d’un rhume est presque toujours suivi d’une guérison. Ce n’est pas une preuve, c’est un calendrier.
On ne consulte pas au hasard : on consulte au pire moment
C’est le phénomène statistique de la régression vers la moyenne, décrit par Martin Bland et Douglas Altman dans le BMJ en 1994. Un symptôme qui fluctue et que l’on mesure à son maximum a toutes les chances d’être moins intense la fois suivante, quoi qu’on fasse entre les deux. Or on ne va pas chercher un remède quand ça va à peu près : on y va quand c’est au plus fort. La mesure suivante est donc mécaniquement meilleure, et le remède récolte le crédit.
En 1997, Gunver Kienle et Helmut Kiene ont réanalysé l’article de 1955 qui avait fondé la croyance en un « puissant effet placebo ». Ils n’y ont trouvé « aucune preuve d’un quelconque effet placebo dans aucune des études citées », et ont listé ce qui produit l’illusion : amélioration spontanée, fluctuation des symptômes, régression vers la moyenne, traitements associés, biais d’échelle, réponses de politesse au soignant, subordination expérimentale.
L’effet placebo est réel, et beaucoup plus modeste qu’on ne le dit
La revue Cochrane de référence, signée Asbjørn Hróbjartsson et Peter Gøtzsche, a comparé en 2010 des patients recevant un placebo à des patients ne recevant rien du tout : 234 essais, 60 affections. Sa conclusion mérite d’être citée en entier : « Nous n’avons pas trouvé que les interventions placebo aient d’effets cliniques importants en général. Cependant, dans certains contextes, elles peuvent influencer les critères rapportés par les patients, en particulier la douleur et la nausée, même s’il est difficile de distinguer les effets rapportés par le patient d’un biais de notification. »
Un effet est retrouvé sur la douleur, la nausée, l’asthme ressenti et la phobie. Aucun effet significatif n’est retrouvé sur le tabagisme, la démence, la dépression, l’obésité, l’hypertension, l’insomnie ni l’anxiété. Et dans leur première synthèse, parue au New England Journal of Medicine en 2001, les mêmes auteurs chiffraient l’effet sur la douleur à 6,5 millimètres sur une échelle visuelle de 100 millimètres, en relevant que les placebos n’avaient « aucun effet significatif sur les critères objectifs ou binaires ».
Retiens cette distinction, elle est la clé de tout le dossier de l’homéopathie : un placebo peut modifier ce que tu ressens, il ne modifie pas ce que l’on mesure. Il ne fait pas régresser une tumeur, ne fait pas baisser une charge virale, ne réduit pas une fracture. Il change le vécu de la maladie, pas la maladie.
Une expérience menée à Harvard par l’équipe de Ted Kaptchuk a poussé la logique jusqu’au bout : 80 patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable ont reçu pendant trois semaines des gélules présentées explicitement comme « des placebos faits d’une substance inerte, comme des pilules de sucre ». Leurs symptômes se sont améliorés davantage que ceux du groupe sans traitement. Deux méta-analyses parues en 2025 ont depuis tempéré ce résultat, en montrant que l’effet existe sur ce que les patients déclarent mais reste nul sur les tests de fonction physique mesurés. L’essentiel est ailleurs, et il est décisif : si un placebo fonctionne même quand on annonce que c’en est un, alors l’amélioration ne vient pas du contenu du tube.
Et surtout, il y a la consultation
C’est l’argument le plus sérieux avancé par les défenseurs de l’homéopathie, et il est en partie exact. Une étude observationnelle suisse publiée en 2008, menée dans le cadre du programme fédéral d’évaluation des médecines complémentaires, a mesuré la durée des consultations chez des médecins tous diplômés en médecine conventionnelle, certains disposant en plus d’une qualification en homéopathie : 29 minutes en moyenne chez les seconds, contre 17 minutes chez les premiers, et une satisfaction des patients plus élevée. En France, la DREES situe la durée déclarée d’une consultation de médecine générale à 18 minutes, sur un panel de 3 300 médecins libéraux interrogés fin 2018.
Sauf qu’un essai randomisé en double aveugle, publié en 2015 par la même équipe de Ted Kaptchuk, a séparé les deux ingrédients. Les patients étaient répartis d’un côté entre une consultation standard et une consultation élargie, de l’autre entre un produit homéopathique et un placebo. Résultat : la consultation élargie a significativement amélioré les symptômes, le produit homéopathique non. Et les auteurs précisent que la durée totale de la consultation n’était pas associée au résultat. Ce n’est donc même pas une affaire de chronomètre : une étude menée en 2002 auprès de 200 patients d’un hôpital homéopathique du système de santé britannique montrait déjà que l’empathie perçue expliquait l’essentiel de la variance du sentiment de capacité du patient.
Ce qui soigne dans une consultation d’homéopathie, c’est donc la consultation. Le temps, l’écoute, le récit qu’on peut dérouler en entier, la sensation d’être pris au sérieux. C’est un reproche adressé à l’organisation de la médecine, pas un argument en faveur des granules. Et c’est sans doute la conclusion la plus utile de cet article : la demande à laquelle répond l’homéopathie est parfaitement légitime, seule la réponse ne l’est pas.
Le seul risque réel de l’homéopathie ne vient pas du tube
Puisque les granules d’homéopathie sont inertes, où est le problème ? Il est dans ce qu’on ne fait pas pendant qu’on les prend. Deux études américaines de la même équipe de Yale, publiées la même année sur la base nationale du cancer, permettent de le chiffrer. La première, parue dans le Journal of the National Cancer Institute, a comparé 280 patients atteints d’un cancer non métastatique ayant choisi une médecine alternative comme seul traitement à 560 patients traités conventionnellement : le risque de décès était multiplié par 2,5.
La seconde, parue dans JAMA Oncology, apporte la nuance qui compte. Chez les patients qui ajoutaient une médecine complémentaire à leur traitement, la surmortalité observée disparaissait statistiquement dès qu’on tenait compte des refus et des retards de traitement. Les auteurs le formulent sans détour : le risque était médié par le refus du traitement conventionnel. Une précision d’honnêteté, parce qu’elle est systématiquement omise : ces travaux portent sur l’ensemble des médecines non conventionnelles, et l’homéopathie n’y est pas identifiée séparément. Le mécanisme, lui, est clair. Ce n’est pas le produit qui nuit, c’est le soin qu’on ne reçoit pas.
C’est exactement ce que disent les autorités françaises. Les Académies nationales de médecine et de pharmacie, dans leur rapport de mars 2019, admettent un usage « à condition que celle-ci n’induise pas une perte de chance en retardant la procédure diagnostique ou l’établissement d’un traitement reconnu efficace ». L’Institut national du cancer rappelle que les médecines complémentaires « ne doivent en aucun cas remplacer les traitements conventionnels ». Et le centre américain de recherche sur les approches complémentaires écrit : « n’utilisez pas l’homéopathie pour remplacer des soins conventionnels ayant fait leurs preuves, ni pour différer une consultation ».
Deux cas où la ligne rouge est franchie
Le premier concerne les nosodes, préparations d’homéopathie présentées par certains praticiens comme une alternative à la vaccination. La question a été tranchée expérimentalement. Un essai randomisé en aveugle contre placebo publié dans la revue Vaccine en 2018 a réparti 150 étudiants entre vaccins homéopathiques, placebo et vaccins conventionnels. Aucun participant du groupe homéopathique ni du groupe placebo n’a développé de réponse en anticorps, contre 68 à 88 % dans le groupe vacciné. Santé Canada impose depuis 2015 une mention explicite sur ces produits : « ce produit n’est ni un vaccin ni une solution de rechange à la vaccination ».
Le second est plus retors, et il éclaire tout le raisonnement. En avril 2017, un fabricant américain a rappelé ses comprimés de dentition pour nourrissons, l’agence américaine du médicament ayant constaté des « quantités d’alcaloïdes de belladone incohérentes, pouvant différer de la quantité calculée figurant sur l’étiquette ». Dans un document d’orientation de décembre 2022, la FDA indique avoir identifié en 2016, dans sa base de pharmacovigilance, 99 cas d’effets indésirables compatibles avec une toxicité de la belladone, dont des signalements de décès de nourrissons et de convulsions, « possiblement liés » à ces produits. Il faut lire ces mots comme la FDA les écrit : ce sont des signalements, et aucun lien de causalité n’est établi.
Ce qui est établi, en revanche, c’est que la teneur réelle de certains lots dépassait largement celle annoncée. Autrement dit : ces produits n’ont été dangereux que le jour où ils n’étaient pas réellement dilués. Tu peux retourner l’argument dans tous les sens, il tient toujours.
Pistes concrètes, si tu en prends ou si on t’en propose
Rien de ce qui précède ne débouche sur une interdiction personnelle de l’homéopathie. Tu peux parfaitement décider de continuer, et tu ne feras de mal à personne. Voici plutôt trois protocoles pour que cette décision soit prise en connaissance de cause.
Protocole 1 : les trois questions avant d’ouvrir le tube
- Est-ce que ce trouble guérit seul ? Si oui, tu peux prendre des granules sans conséquence, en sachant que tu ne sauras jamais ce qui a agi. C’est un choix légitime, à condition qu’il soit lucide.
- Est-ce que je remplace quelque chose ? Si la réponse est oui, ne serait-ce qu’un peu, ne serait-ce que « je verrai le médecin si ça ne passe pas », c’est ici que le risque commence, et lui seul est réel.
- Est-ce que je diffère un diagnostic ? Un symptôme nouveau, persistant ou inexpliqué appelle un diagnostic avant tout traitement, quel qu’il soit. Prendre un remède, c’est aussi arrêter de chercher.
Protocole 2 : les situations où l’on ne temporise jamais
Cette liste n’est pas propre à l’homéopathie, elle vaut pour tout automédication. Consulte sans attendre en cas de fièvre chez un nourrisson de moins de trois mois, de fièvre qui dure plus de trois jours, d’essoufflement, de douleur thoracique, de raideur de la nuque, de confusion, de perte de connaissance, d’éruption cutanée qui ne s’efface pas à la pression, de perte de poids inexpliquée, de sang dans les selles ou les urines, d’une grosseur nouvelle, ou d’un symptôme neurologique brutal. En cas de suspicion d’ingestion accidentelle chez un enfant, appelle un centre antipoison ; pour toute urgence vitale, le 15, ou le 112 depuis un téléphone portable.
Protocole 3 : garder ce qui marche vraiment
Si ce que tu es allé chercher en homéopathie est ce que la littérature identifie comme efficace, à savoir l’entretien, alors une piste est de le réclamer là où il a un effet sur la maladie elle-même. Concrètement : prépare ta consultation par écrit, note la chronologie exacte de tes symptômes et tes questions avant d’entrer, demande une consultation longue quand le motif le justifie, et dis à ton médecin que tu as besoin de temps. C’est une demande recevable, et elle répond au même besoin, sans la partie qui ne fait rien.
Pour aller plus loin
La démarche appliquée ici à l’homéopathie, distinguer ce qui est démontré, ce qui est exploré et ce qui relève de la croyance, vaut pour tout le champ des remèdes naturels. Quelques articles d’Oliceo où la même question se pose que pour l’homéopathie, avec des réponses très différentes selon les cas.
- Sur un produit dont les effets sont bien mieux étudiés que ceux de l’homéopathie : probiotiques et microbiote, ce que disent les aliments fermentés.
- Sur une carence réelle, mesurable en laboratoire, et donc un cas où un apport a un sens : carence en magnésium, symptômes et sources naturelles.
- Sur un remède traditionnel aux usages documentés et aux allégations souvent surestimées : la propolis, entre bienfaits réels et étiquette d’antibiotique naturel.
- Sur un produit dont l’usage médical est encadré mais dont les promesses grand public dépassent largement les données : charbon végétal activé, bienfaits et usages.
- Sur une supplémentation très populaire, à examiner avec la même exigence : spiruline, bienfaits et mode de prise.
- Sur l’anxiété, où l’effet de l’entretien pèse justement très lourd : six approches naturelles pour réduire le stress.
- Et sur une pratique qui relève explicitement de la symbolique et non de la preuve : la lithothérapie.
Questions fréquentes
L’homéopathie est-elle efficace ?
Aucune indication médicale ne fait aujourd’hui l’objet d’un consensus reconnaissant à l’homéopathie un effet supérieur au placebo. Cette conclusion n’est pas seulement celle des institutions publiques, comme le NHMRC australien en 2015 ou les académies des sciences européennes en 2017 : c’est aussi celle des chercheurs favorables à l’homéopathie, dont la méta-analyse de 2017 écrit qu’il n’existe aucune affection clinique unique pour laquelle des preuves fiables aient été réunies. Formulation exacte à retenir : il n’y a pas de preuve fiable d’efficacité, ce qui n’est pas la même chose qu’une preuve d’inefficacité.
Reste-t-il des molécules dans un granule d’homéopathie ?
Cela dépend de la dilution. Une 5 CH ou une 9 CH contiennent encore des molécules du produit de départ, en quantités toutefois sans commune mesure avec une dose pharmacologiquement active. À partir de la 12 CH, le facteur de dilution passe sous l’inverse du nombre d’Avogadro : même en partant d’une mole entière de produit pur, l’espérance du nombre de molécules restantes tombe en dessous de 1. Une 15 CH et une 30 CH, très courantes, sont donc bien au-delà de ce seuil.
Pourquoi l’homéopathie n’est-elle plus remboursée ?
Parce que la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé a rendu le 26 juin 2019 un avis défavorable au maintien de la prise en charge, après avoir examiné près de 1 200 souches et plus de 1 000 publications : pour les 24 affections où des données existaient, elle a estimé que ces médicaments n’avaient pas démontré une efficacité suffisante pour justifier un remboursement. Le taux est passé de 30 % à 15 % au 1ᵉʳ janvier 2020, puis à zéro au 1ᵉʳ janvier 2021. Déremboursement ne veut pas dire interdiction : ces produits restent en vente libre et peuvent toujours être prescrits.
L’homéopathie est-elle dangereuse ?
Les granules eux-mêmes sont inertes : une revue de 41 essais randomisés portant sur plus de 6 000 participants n’a trouvé aucune différence d’effets indésirables entre homéopathie et comparateur. Le risque documenté est indirect et il est de deux ordres. D’une part, le retard ou le refus d’un traitement efficace, dont l’effet sur la survie a été mesuré en cancérologie. D’autre part, et paradoxalement, les rares incidents graves sont survenus avec des produits qui n’étaient pas correctement dilués, comme les comprimés de dentition à la belladone rappelés aux États-Unis en 2017.
Quand faut-il consulter un médecin plutôt que prendre de l’homéopathie ?
Dès qu’un symptôme est nouveau, persistant, intense ou inexpliqué, et sans attendre en cas de fièvre chez un nourrisson de moins de trois mois, de fièvre au-delà de trois jours, d’essoufflement, de douleur thoracique, de raideur de la nuque, de confusion, d’éruption ne s’effaçant pas à la pression, de perte de poids inexpliquée, de saignement anormal ou de signe neurologique brutal. La règle simple : l’homéopathie ne doit jamais remplacer ni retarder un diagnostic ou un traitement dont l’efficacité est établie. En cas d’urgence vitale, appelle le 15 ou le 112.
Ce qu’il reste quand on a tout enlevé
Au terme de ce parcours, ce qui est démontré tient en peu de lignes, et ce n’est ce que réclame ni l’un ni l’autre camp. Il est démontré qu’au-delà de la 12 CH il ne reste statistiquement rien du produit de départ, et que ce calcul ne dépend d’aucune opinion. Il est démontré qu’aucune affection ne dispose de preuves fiables d’un effet supérieur au placebo, y compris selon les chercheurs qui défendent l’homéopathie. Il est démontré que le statut de médicament a été accordé sur la base d’un procédé de fabrication, avec une dispense écrite de preuve d’effet thérapeutique. Il est démontré que les granules ne font aucun mal. Et il est démontré que ce qui soulage, dans une consultation d’homéopathie, c’est la consultation.
Alors une dernière remarque, parce qu’elle traîne dans tout ce dossier. On attribue volontiers à Hippocrate la formule primum non nocere. Elle n’est pas de lui : le pharmacologue Cedric Smith en a retracé l’histoire et situe sa première apparition imprimée sous cette forme latine en 1860. Le texte authentique est ailleurs, et il est plus juste. Au premier livre des Épidémies, dans la traduction d’Émile Littré publiée en 1840, on lit : « avoir, dans les maladies, deux choses en vue : être utile ou du moins ne pas nuire ». Deux mille quatre cents ans plus tard, l’Académie nationale de médecine n’écrit pas autre chose quand elle tolère l’homéopathie à condition qu’elle n’induise aucune perte de chance. Des granules de sucre ne nuisent pas. Ils ne deviennent nuisibles que le jour où ils prennent la place de ce qui aurait été utile. Toute la question est là, et elle se joue une consultation à la fois.
Avertissement. Cet article est un travail d’information générale, fondé sur des sources publiques citées en lien. Il ne constitue ni un avis médical, ni un diagnostic, ni une recommandation de traitement, et ne remplace en aucun cas une consultation. N’arrête jamais un traitement prescrit et ne modifie jamais une posologie sans en parler à ton médecin ou à ton pharmacien. En cas de symptôme inquiétant, consulte. En cas d’urgence vitale, appelle le 15, ou le 112 depuis un téléphone portable.
Article rédigé par
Chris Durand
Fondateur et éditeur d'Oliceo depuis 2006. J'explore les pratiques de bien-être qui tiennent sur la durée : symbolique du corps, psychosomatique, traditions holistiques, sobriété. Plus sur moi sur la page auteur.
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Publié le 14 septembre 2026 · Voir tous les articles de Chris Durand →






