Tu sors de ta séance de Pilates, les abdos en feu, la respiration posée, et tu te dis que la perte de poids va forcément suivre. C’est vrai que la sensation ne trompe pas : le corps a travaillé. Pourtant, semaine après semaine, le chiffre bouge à peine. Et là tu te demandes peut-être si tu fais quelque chose de travers.
Franchement, non. Le problème n’est pas ta pratique, il est dans la promesse qu’on a collée dessus. Le sujet du pilates perte de poids est l’un des plus recopiés du web bien-être, et l’immense majorité de ce qui circule n’est adossée à aucune mesure. Des chiffres de calories inventés, un « afterburn » qui n’a jamais été mesuré, des « muscles longs et fins » qui n’existent pas en physiologie.
Alors on va faire l’inverse ici. On va regarder ce que les études ont réellement mesuré, ce qu’elles n’ont pas réussi à démontrer, et ce qui relève franchement de la croyance. Tu ressortiras avec une idée claire de ce que le Pilates peut t’apporter, et surtout de ce qu’il ne faut pas lui demander.
Combien le Pilates dépense vraiment
Commençons par le seul chiffre qui compte : l’intensité métabolique. Elle se mesure en MET, une unité qui rapporte la dépense d’une activité à celle du repos. Le Compendium of Physical Activities, la base de référence internationale, attribue dans son édition 2024 1,8 MET au Pilates au sol traditionnel (code 02103) et 2,8 MET au Pilates dit général (code 02105).
Ces deux valeurs situent le Pilates en dessous du seuil de 3 MET qui définit l’activité d’intensité modérée. Détail que presque personne ne mentionne : la valeur de 3,0 MET encore largement reprise en ligne vient de l’édition 2011 et a été révisée à la baisse en 2024. Beaucoup d’articles citent donc une donnée périmée.
Une mesure directe existe, et une seule vaut vraiment le détour. Une équipe brésilienne a placé 18 femmes sous calorimétrie indirecte pendant deux séances de quinze exercices, l’une au sol, l’autre sur Reformer (Andrade et al., Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2021). Résultats mesurés, pas estimés :
- Pilates au sol : 1,93 kcal par minute, soit environ 115 kcal pour une heure
- Pilates sur Reformer : 2,59 kcal par minute, soit environ 155 kcal pour une heure
- Fréquence cardiaque moyenne : 92 battements au sol, 108 sur Reformer
- Lactate sanguin : 1,5 à 1,7 mmol/L, c’est-à-dire des valeurs de repos
Autrement dit : le Reformer sollicite bel et bien davantage que le tapis, mais les deux restent à un niveau de contrainte cardiovasculaire faible. La synthèse la plus récente sur le sujet, publiée en 2026 dans Systematic Reviews, ne recense que six études au monde ayant mesuré cela, et retient une estimation prudente de 3,0 MET avec un niveau de certitude jugé très faible à faible. On parle donc d’un terrain de connaissance encore très mince.
La fourchette de « 200 à 450 kcal par heure » que tu croises partout ne vient d’aucune mesure. Aucune source primaire ne la porte.
Pour situer, à intensité comparable et sur la même base 2024 : la marche à allure modérée se situe à 3,8 MET, la marche vive à 4,8 MET, la course à 8 km/h à 8,5 MET. Une séance de Pilates au sol dépense donc environ moitié moins qu’une marche à 5 km/h et de l’ordre de cinq fois moins qu’un footing ordinaire. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est une échelle.
Pilates et perte de poids : ce que disent les études
Passons au cœur du sujet. Est-ce que pratiquer le Pilates fait perdre du poids ? La littérature existe, mais elle se contredit, et c’est exactement pour ça qu’il faut la lire en entier plutôt que de piocher la ligne qui arrange.
Le résultat le plus favorable, et ses limites
Une méta-analyse publiée dans Frontiers in Physiology en 2021 a regroupé 11 essais randomisés chez des personnes en surpoids ou en situation d’obésité. Elle rapporte une baisse moyenne de 2,40 kg et de 1,17 point d’IMC. C’est le chiffre le plus cité, alors regardons ce qu’il y a derrière.
- L’échantillon total est de 393 personnes, soit une vingtaine de participants par bras d’essai
- Aucune des 11 études n’était menée en aveugle, et neuf sur onze sans allocation dissimulée
- L’effet disparaît pour les programmes de dix semaines ou moins (différence non significative)
- Le tour de taille n’est pas significativement amélioré : moins 2,65 cm, avec un intervalle de confiance allant de moins 6,84 à plus 1,55
- La masse maigre ne bouge pas du tout : 0,00 kg de variation
- L’hétérogénéité entre études monte jusqu’à 88 % sur le pourcentage de masse grasse
Et surtout, aucune de ces études ne mesurait ni ne contrôlait ce que les participants mangeaient. Une baisse de masse grasse sans déficit énergétique documenté, ça interroge plus la méthode de mesure que le corps.
La méta-analyse qui dit l’inverse
Un an plus tôt, une autre revue systématique portant sur le Pilates au sol et la composition corporelle concluait que la méthode n’était pas plus efficace qu’un exercice traditionnel ou qu’une condition contrôle, ni sur l’IMC, ni sur la masse maigre, ni sur le pourcentage de masse grasse, ni sur la circonférence abdominale. Une revue parapluie publiée en 2023 a tranché en donnant le niveau de preuve global : très faible à modéré.
Deux méta-analyses, deux conclusions opposées, sur des populations qui se recouvrent largement. Quand la littérature ressemble à ça, la seule position honnête est de dire que la question n’est pas tranchée.
Ce que disent les institutions françaises
Elles sont, elles, très claires, et sur un point qui dépasse le Pilates. Dans son rapport d’expertise collective de 2016, l’ANSES classe le niveau de preuve de la « perte de poids sans régime » par l’activité physique comme insuffisant. En revanche, deux effets sont classés au niveau de preuve le plus élevé : la prévention de la prise de poids et le maintien de la perte de poids une fois celle-ci obtenue.
L’expertise collective de l’Inserm de 2019 va dans le même sens : l’effet de l’activité physique seule sur la perte de poids reste modeste quelle que soit la durée du programme, notamment parce qu’elle déclenche des phénomènes de compensation, dont une augmentation spontanée des apports alimentaires. De son côté, l’OMS recommande 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, plus du renforcement musculaire deux fois par semaine, pour la santé, et non comme méthode d’amaigrissement.
Ce que ça ne veut pas dire
Attention, on ne va pas basculer dans l’excès inverse. Dire que le Pilates n’est pas un outil d’amaigrissement fiable ne revient pas à dire qu’il ne sert à rien. C’est même exactement le contraire, à condition de mettre les bons mots sur les bonnes choses.
Trois croyances à laisser tomber
« Le Pilates cible la graisse du ventre. » La réduction localisée a été testée sérieusement, et invalidée. Une méta-analyse portant sur 13 études et 1 158 participants ne retrouve aucun effet, avec une taille d’effet de moins 0,03. Dans un essai où les participants n’entraînaient qu’un seul bras pendant douze semaines, l’IRM montre une perte de graisse identique des deux côtés. Dans un autre, l’entraînement d’une seule jambe a fait perdre de la graisse au tronc et aux bras, pas à la jambe travaillée. Le corps ne pioche pas là où tu contractes.
« Le Pilates crée des muscles longs et fins. » C’est un argument commercial, pas un résultat scientifique. La longueur d’un muscle est déterminée par ses insertions osseuses. Ce que les études mesurent réellement, échographie à l’appui, c’est une augmentation de l’épaisseur des muscles profonds du tronc. La silhouette qui change, elle, relève de la posture et de la tonicité, ce qui est déjà beaucoup.
« Le Pilates relance le métabolisme. » Deux approximations empilées. D’abord, le gain de masse maigre par le Pilates reste incertain. Ensuite, le chiffre de « 50 kcal par kilo de muscle et par jour » qui traîne partout est faux : le muscle squelettique au repos consomme environ 13 kcal par kilo et par jour, contre 200 pour le foie et 240 pour le cerveau. Gagner un kilo de muscle, c’est donc gagner l’équivalent d’une demi-cuillère d’huile par jour.
Ce qui, en revanche, tient debout
La revue Cochrane de référence sur le Pilates et la lombalgie (Yamato et coll., 2015, 10 essais, 510 patients) conclut à une réduction de la douleur et de l’incapacité par rapport à une intervention minimale, avec un niveau de preuve faible à modéré. Deux précisions d’honnêteté : elle n’a pas été actualisée depuis 2015, et elle ne trouve aucune preuve concluante de supériorité sur d’autres formes d’exercice. La HAS, dans sa fiche de mars 2024 sur la lombalgie chronique, cite d’ailleurs le Pilates au même rang que le yoga, le tai-chi, la natation ou le vélo.
Un mot aussi sur le cortisol, puisque la promesse revient souvent. Il n’existe aucune preuve solide que le Pilates le fasse baisser. Les rares essais publiés se contredisent, et l’un d’eux rapporte même une augmentation du cortisol salivaire. Sur le vécu subjectif, en revanche, les pratiquants rapportent régulièrement une détente et un meilleur rapport au corps. C’est exploré, pas démontré, et c’est déjà une bonne raison de pratiquer.
Petite mise au point historique, tant qu’on y est : l’histoire selon laquelle Joseph Pilates aurait conçu sa méthode pour rééduquer des soldats blessés de la Première Guerre mondiale est inexacte. Il a bien été interné de septembre 1915 à mars 1919 au camp de Knockaloe, sur l’île de Man, mais c’était un camp d’internement de civils, où aucun militaire n’était détenu. Les archives du camp confirment son internement et son rôle d’arbitre de boxe, pas le récit de rééducation qu’on lui prête.
Trois pistes concrètes
Bon. Si tu es venue au Pilates pour perdre du poids, la bonne nouvelle est que tu n’as pas à choisir entre arrêter et t’illusionner. Il y a une troisième voie : replacer le Pilates à la place où il est réellement bon, et lui adjoindre ce qui manque.
Protocole 1 : le Pilates comme socle, pas comme moteur
Garde deux à trois séances de Pilates par semaine pour ce qu’elles font vraiment : le contrôle du mouvement, la stabilité du tronc, la mobilité, le rapport au souffle. Puis ajoute, à côté, l’activité qui déplace vraiment la dépense énergétique. Une piste simple est de viser les 150 minutes hebdomadaires recommandées par l’OMS en marche rapide, à raison de 30 minutes cinq fois par semaine. À 3,8 MET contre 1,8, tu doubles la dépense sur le même temps passé.
Protocole 2 : mesurer autre chose que la balance
Puisque le poids est un mauvais indicateur de ce que le Pilates modifie, change d’instrument. Sur huit semaines, note plutôt :
- Le nombre de répétitions tenues sur un exercice de gainage donné, à qualité d’exécution égale
- L’amplitude atteinte sur un mouvement précis, par exemple la rotation du buste assise
- Le niveau de douleur lombaire en fin de journée, sur une échelle de 0 à 10
- La qualité du sommeil et la sensation d’énergie au réveil
- Le confort dans un vêtement repère, plutôt que le chiffre du matin
Ces marqueurs bougent souvent bien avant le poids, et ils correspondent, eux, à ce que la littérature associe réellement à la pratique.
Protocole 3 : traiter l’assiette comme un sujet à part
C’est la partie que personne n’a envie d’entendre, et pourtant tous les organismes convergent dessus : sans modification des apports, aucune pratique ne produit de perte de poids fiable. L’ANSES et l’Inserm le disent chacun à leur manière. Une piste est de commencer par un seul changement tenable, plutôt que par une refonte complète. Et si le sujet du rythme alimentaire t’intéresse, il mérite d’être abordé pour lui-même, avec ses propres nuances et ses propres précautions.
Le philosophe stoïcien Épictète proposait de distinguer avec soin ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. Appliqué ici, ça donne quelque chose d’assez libérateur : la régularité de ta pratique dépend de toi, le chiffre affiché par la balance dépend d’une quinzaine de variables dont la plupart t’échappent. Tu peux tenir la première sans t’épuiser à contrôler la seconde.
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Pour aller plus loin
Si tu veux consolider ta pratique plutôt que la juger sur un chiffre, voici par où continuer sur Oliceo :
- Pilates mat : posture et alignement du corps, pour reprendre les fondamentaux au sol, là où tout se joue
- La respiration Pilates et le contrôle du mouvement, le pilier le plus sous-estimé de la méthode
- Le Reformer : bienfaits et pratique, puisque c’est la modalité qui sollicite le plus, mesures à l’appui
- Gainage, dos et lombaires en Pilates, pour le terrain où les preuves sont les plus solides
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Questions fréquentes
Combien de calories brûle vraiment une séance de Pilates ?
Les seules mesures par calorimétrie indirecte disponibles situent une séance de Pilates au sol autour de 1,93 kcal par minute et une séance sur Reformer autour de 2,59 kcal par minute, soit approximativement 115 à 155 kcal pour une heure chez de jeunes femmes d’environ 60 kg. La fourchette de 200 à 450 kcal par heure très répandue en ligne ne repose sur aucune source primaire mesurée.
Le Pilates peut-il faire perdre du poids sans changer son alimentation ?
Rien ne permet de l’affirmer. L’ANSES classe le niveau de preuve de la perte de poids par l’activité physique sans régime comme insuffisant, et l’Inserm rappelle que l’effet de l’activité physique seule reste modeste quelle que soit la durée du programme. Le Pilates est en revanche associé, comme les autres activités, à la prévention de la prise de poids et au maintien d’une perte déjà obtenue.
Le Pilates fait-il perdre du ventre ?
Non, pas de façon ciblée. La réduction localisée de la graisse a été testée par une méta-analyse portant sur 13 études et 1 158 participants, qui ne retrouve aucun effet. La méta-analyse la plus favorable au Pilates ne montre d’ailleurs pas d’amélioration significative du tour de taille. Ce qui change visuellement relève surtout de la posture et de la tonicité du tronc.
Vaut-il mieux faire du Pilates au sol ou sur Reformer pour se dépenser ?
Le Reformer sollicite davantage : les mesures donnent 2,5 MET contre 1,8 MET pour le sol, soit environ un tiers de dépense en plus. Les deux restent toutefois à un niveau de contrainte cardiovasculaire faible, sans élévation significative du lactate sanguin au-dessus des valeurs de repos. Si l’objectif est la dépense énergétique, une marche rapide reste plus efficace à durée égale.
Quand faut-il consulter un professionnel de santé avant de commencer le Pilates ?
En cas d’ostéoporose ou de risque fracturaire élevé, plusieurs exercices en flexion marquée du rachis sont déconseillés et doivent être adaptés : un avis médical préalable est nécessaire. Pendant la grossesse, il est recommandé d’éviter les positions allongées sur le dos prolongées et de privilégier un cours prénatal encadré. En cas de poussée aiguë de lombalgie ou de sciatique, la HAS recommande de suspendre temporairement l’activité. Enfin, si ton objectif est une perte de poids importante, un médecin ou un diététicien-nutritionniste reste l’interlocuteur adapté.
Ce qu’il faut retenir
Le Pilates n’est pas une machine à brûler des calories, et le lui demander revient à juger un violon sur sa capacité à enfoncer des clous. Les mesures sont sans ambiguïté : environ 1,8 MET au sol, 2,5 sur Reformer, soit moins qu’une marche à allure modérée. Sur le poids lui-même, deux méta-analyses se contredisent et le niveau de preuve global reste faible. Le ventre plat ciblé, les muscles allongés et le métabolisme relancé sont, eux, des arguments de vente, pas des résultats.
Ce qui reste, une fois qu’on a retiré tout ça, est loin d’être maigre : un travail précis du tronc, une amélioration documentée de la lombalgie chronique, une meilleure conscience du mouvement et une pratique qu’on peut tenir des années sans se blesser. Si la perte de poids est ton objectif, ajoute de la marche et regarde ton assiette. Et garde le Pilates pour ce qu’il fait bien, c’est-à-dire t’apprendre à habiter ton corps plutôt qu’à le surveiller.
Avertissement : cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. Les données citées proviennent de publications scientifiques et d’agences sanitaires, dont le niveau de preuve est précisé lorsqu’il est faible. Si tu es enceinte, si tu souffres d’ostéoporose, d’une lombalgie aiguë ou de toute pathologie chronique, demande l’avis de ton médecin ou de ton kinésithérapeute avant de commencer le Pilates, et signale ta situation à ton enseignant. Aucune démarche de perte de poids significative ne devrait être entreprise sans accompagnement par un professionnel de santé.
Article rédigé par
Chris Durand
Fondateur et éditeur d'Oliceo depuis 2006. J'explore les pratiques de bien-être qui tiennent sur la durée : symbolique du corps, psychosomatique, traditions holistiques, sobriété. Plus sur moi sur la page auteur.
Publié le 17 août 2026 · Voir tous les articles de Chris Durand →






