Tu ouvres une bouteille d’eau gazeuse, ça pétille, tu remplis ton verre. Et une petite voix murmure au fond de ta tête que ce serait moins bien que de l’eau plate. Qu’à force, ça décalcifierait. Que ça rongerait l’émail. Que les bulles, c’est joli mais c’est louche.
Franchement, cette petite voix se trompe de coupable. Remonte aux études qui ont fondé la mauvaise réputation de l’eau gazeuse : tu trouves des colas, des sodas caféinés, des eaux aromatisées à l’acide citrique. Presque jamais d’eau pétillante nature. Le procès a été instruit contre des boissons sucrées. Puis la sentence a été recopiée sur le dos de l’eau.
Il y a pourtant une vraie question à se poser devant le rayon. Elle n’a rien à voir avec les bulles : c’est le sodium. D’une bouteille à l’autre, à effervescence identique, la teneur varie d’un facteur trois cents. Et l’information est écrite noir sur blanc sur l’étiquette, parce que la loi l’exige. On va voir où le procès s’est trompé de prévenu, et ce qu’il faut vraiment regarder.
L’eau gazeuse artificielle a un inventeur, et il visait le scorbut
En 1772, un pasteur anglais nommé Joseph Priestley publie à Londres une brochure vendue un shilling : Directions for Impregnating Water with Fixed Air. Son but n’a rien de gastronomique. Il veut reproduire l’eau de Pyrmont, une eau minérale allemande réputée. Et il espère que cette eau artificielle préviendra le scorbut des marins, ce qu’il propose à l’Amirauté britannique.
Le procédé qu’il décrit tient en une phrase, toujours exacte aujourd’hui : « si l’eau est simplement en contact avec l’air fixe, elle commence à l’absorber, mais le mélange est grandement accéléré par l’agitation ». Il ne prétend d’ailleurs pas avoir découvert le phénomène. Dans sa préface, il crédite Brownrigg d’avoir compris que c’est ce gaz qui donne leur vivacité aux eaux de Pyrmont.
Retiens surtout ceci : dès l’origine, l’eau pétillante a été vendue avec une promesse de santé. Les archives du Gard conservent les réclames de Vergeze : la source des Bouillens y est vantée comme une « limonade mousseuse » aux vertus « hygiéniques » et « thérapeutiques ». Les allégations d’hier ne connaissaient aucune limite. C’est exactement pour cela que celles d’aujourd’hui sont encadrées au milligramme près.
Les os : le procès visait les colas, pas l’eau gazeuse
L’idée que les bulles « décalcifient » vient de deux études américaines. La plus célèbre est issue de la cohorte de Framingham, publiée en 2006 sur 2 538 participants. Son titre se suffit à lui-même : « les colas, mais pas les autres boissons gazeuses, sont associés à une densité minérale osseuse basse chez les femmes âgées ». Verbatim des auteurs pour les non-colas : « aucune relation significative n’a été observée ».
Trois précisions changent tout. C’est une étude transversale : elle photographie une population à un instant donné et ne démontre aucune causalité. L’association n’apparaît que chez les femmes, à la hanche et pas au rachis. Et les auteurs n’ont pas retrouvé d’apport en phosphore plus élevé chez les buveurs de cola. Cela désamorce le mécanisme qu’on invoque toujours, celui de l’acide phosphorique. Or l’eau pétillante ne contient ni acide phosphorique, ni caféine, ni sucre.
Une étude qui exonère explicitement les boissons gazeuses non-cola a servi, pendant vingt ans, à condamner l’eau gazeuse.
Un essai de 2001 a testé le mécanisme de front, en comparant des sodas acidifiés à l’acide phosphorique et d’autres à l’acide citrique. Le type d’acidifiant n’a eu aucun effet sur la perte urinaire de calcium, qui n’augmente qu’avec les boissons caféinées. Pour les auteurs, ce qui compte, c’est le lait que ces boissons remplacent dans le verre.
Le seul essai humain qui ait mesuré le remodelage osseux sous eau gazeuse porte sur 18 femmes ménopausées, un litre par jour pendant huit semaines. Les marqueurs osseux sont restés inchangés, et l’excrétion urinaire de calcium était même légèrement plus basse. Dix-huit personnes et deux mois, ce n’est pas une preuve d’innocuité à long terme. C’est l’absence de signal inquiétant dans le seul essai qui existe. Ce qui construit vraiment un squelette se trouve ailleurs : du côté de l’assiette et de l’activité physique.
Les dents : l’eau gazeuse nature n’est pas en cause, l’arôme si
Là encore, la démonstration la plus propre vient d’une seule équipe, celle de Birmingham. Elle a publié les deux moitiés du dossier à six ans d’écart. En 2001, elle mesure en laboratoire la dissolution de l’émail par des eaux minérales plates et gazeuses. Les niveaux sont « de l’ordre de cent fois inférieurs » à ceux des sodas témoins. Et dégazer l’eau ne change presque rien : la carbonatation n’est donc pas le facteur déterminant.
En 2007, la même équipe teste les eaux gazeuses aromatisées. Le pH tombe entre 2,74 et 3,34. Le pouvoir érosif atteint 89 à 143 % de celui du jus d’orange pur. Les auteurs demandent qu’on les traite « comme des boissons potentiellement acides plutôt que comme de l’eau aromatisée ». C’est l’acide citrique ajouté qui fait la différence, pas le gaz.
Les chiffres aident à poser les proportions. Une étude de 2022 a mesuré le pH de 105 eaux embouteillées, dont 32 gazeuses. Les marques que tu croises en France s’y trouvent : Perrier à 5,09, Badoit à 5,82, Vichy Célestins à 6,30, Saint-Yorre à 6,51. Aucune de ces eaux ne descend sous 4,22. Or la zone considérée comme érosive commence au-dessous de pH 4. Le fameux seuil de 5,5 concerne la carie, pas l’érosion. Et il n’est même pas fixe : il dépend du calcium et du phosphate présents dans le liquide.
Une réserve honnête, parce qu’elle existe : ces travaux sont menés en laboratoire, sur des dents extraites, sans salive. Une étude coréenne sur émail mordancé a bien observé une perte de dureté, mais son protocole imposait 45 minutes d’immersion par jour pendant une semaine. Ce n’est pas ta bouteille du déjeuner. En France, l’Union française pour la santé bucco-dentaire vise les jus de fruits, les sodas, le vin et les eaux parfumées. Elle ne mentionne pas l’eau pétillante nature.
Le vrai sujet de l’eau gazeuse est écrit sur l’étiquette
Voilà où la conversation devient utile. Toutes les eaux gazeuses se ressemblent dans le verre, et n’ont pourtant presque rien en commun dans la bouteille. Voici les compositions publiées par les marques elles-mêmes, rapportées au plafond de l’Organisation mondiale de la santé, qui recommande de rester sous 2 000 mg de sodium par jour, soit 5 g de sel.
| Eau gazeuse | Sodium par litre | Part du plafond OMS pour un litre |
|---|---|---|
| Saint-Yorre | 1 708 mg | 85 % |
| Vichy Célestins | 1 172 mg | 59 % |
| Rozana | 540 mg | 27 % |
| Badoit | 180 mg | 9 % |
| Quézac | 110 mg | 5,5 % |
| San Pellegrino | 27 mg | 1,4 % |
| Perrier | 9,6 mg | 0,5 % |
| La Salvetat | 5 mg | 0,2 % |
Relis la première et la dernière ligne : le rapport est de un à trois cent quarante. Un litre de la plus sodée consomme 85 % du plafond quotidien à lui seul, avant même le pain et le fromage. Un litre de la moins sodée n’en consomme pas un demi-pourcent. Ce n’est pas une nuance, c’est un changement de nature. La HAS range d’ailleurs explicitement « les eaux gazeuses » parmi les produits les plus contributeurs en sel, dans son guide sur l’insuffisance cardiaque.
La réglementation européenne t’a mâché le travail. Elle prévoit des mentions à seuil chiffré, qu’une eau minérale naturelle ne peut porter que si elle les respecte :
- Convient pour un régime pauvre en sodium : moins de 20 mg de sodium par litre.
- Sodique : plus de 200 mg de sodium par litre.
- Bicarbonatée : plus de 600 mg de bicarbonates par litre.
- Acidulée : plus de 250 mg de gaz carbonique libre par litre. C’est la seule mention qui parle réellement des bulles.
Sur une bouteille d’eau minérale naturelle, la composition analytique est obligatoire. Tu n’as donc pas à faire confiance à la promesse du packaging. La ligne sodium est là, elle est opposable, et elle règle la question en trois secondes. Le même raisonnement vaut pour la minéralisation en calcium et magnésium, souvent mal comprise elle aussi.
Ce que l’eau gazeuse ne fait pas, malgré ce qu’on lit
« Ça aide à digérer » est la promesse la plus répandue. Elle repose sur un unique essai randomisé de 2002, portant sur 21 patients suivis deux semaines. Il n’a jamais été répliqué. Et ses comparaisons sont faites avant et après à l’intérieur de chaque groupe, pas entre les deux groupes. Plus embarrassant : ce même essai conclut que l’eau pétillante diminue la satiété. Il est pourtant cité partout pour dire l’inverse. Quant à la vidange de l’estomac, une étude chez des volontaires sains n’a retrouvé aucune accélération. Seule la répartition du repas dans l’estomac change.
« Ça coupe la faim » ne tient pas mieux. Le volume de l’estomac augmente, l’IRM le montre. Mais l’apport calorique du repas reste identique. L’argument inverse ne vaut pas mieux : celui d’une eau pétillante qui ouvrirait l’appétit en stimulant la ghréline. Il vient d’une étude menée chez des rats mâles. Son volet humain se limite à un dosage hormonal chez 20 hommes, sans mesurer ce qu’ils mangeaient.
« Les eaux bicarbonatées, c’est bon pour le sport » mérite un calcul. La dose étudiée en performance est de 0,3 g de bicarbonate par kilo, soit 21 g pour quelqu’un de 70 kg. Il faudrait boire 3,5 litres de l’eau française la plus bicarbonatée pour y arriver, et avaler au passage 6 g de sodium, trois fois le plafond quotidien. Même à la dose étudiée, la dernière méta-analyse conclut à un effet négligeable. Côté calculs urinaires, ces eaux alcalinisent bien les urines. Mais ce qui est démontré en prévention, c’est de boire davantage, quelle que soit l’eau.
Restent les ballonnements, et là le bon sens a sa place. Boire de l’eau gazeuse, c’est avaler du gaz : l’estomac se distend davantage. Aucun essai ne l’a mesuré directement, et le consensus européen 2025 sur le ballonnement fonctionnel ne cite pas les boissons gazeuses parmi les mesures diététiques. La conduite raisonnable tient en une phrase : si ça te gêne, réduis, sans en faire une règle pour tout le monde. Ton ventre te parle, il ne parle pas forcément des bulles. Même logique pour le reflux : la recommandation américaine 2022 suggère seulement d’éviter tes propres aliments déclencheurs, avec un niveau de preuve qualifié de faible, sans nommer aucune boisson gazeuse.
Lire une bouteille d’eau gazeuse en trente secondes
La dénomination de vente n’est pas du marketing. C’est une catégorie juridique fermée. Il n’existe ni « eau de table gazéifiée » ni « eau rendue gazeuse » : ce sont des expressions de presse. Voici les vraies, celles que tu peux lire au dos de la bouteille :
- Eau minérale naturelle naturellement gazeuse : le gaz vient de la source, et sa teneur est la même qu’à l’émergence.
- Renforcée au gaz de la source : le gaz vient du même gisement, mais on en a remis davantage.
- Avec adjonction de gaz carbonique : le gaz vient d’ailleurs. C’est le cas de plusieurs grandes marques, et ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est simplement autre chose.
- Eau de source avec adjonction de gaz carbonique, ou eau rendue potable par traitements et avec adjonction de gaz carbonique : ce ne sont pas des eaux minérales naturelles, et la composition analytique n’y est pas exigée.
Deux règles dures, enfin. Une eau minérale naturelle ne peut recevoir aucune adjonction autre que le gaz carbonique, et aucun traitement de désinfection. Et surtout, en droit français, aucune eau effervescente ne peut porter la mention « convient pour la préparation des aliments des nourrissons ». C’est une exclusion de catégorie, pas une affaire de dosage. Pour un biberon, on reste donc sur une eau plate portant cette mention, ou sur l’eau du réseau selon l’avis de ton médecin.
Pour aller plus loin
Trois lectures complètent bien celle-ci : ce que vaut vraiment l’eau alcaline, le comparatif entre eau filtrée et eau en bouteille, et la question de l’osmoseur domestique, souvent surdimensionné pour un foyer.
Beaucoup de gens fabriquent désormais leur eau gazeuse à la maison, pour arrêter de porter des packs. La question du sodium disparaît alors, puisque tu pétilles l’eau de ton robinet : c’est sa qualité à elle qui devient le sujet, et son goût de chlore qui gêne parfois. Transparence : les deux liens qui suivent sont des liens partenaires.
En appartement, un Filtre à eau appartement compact de type FiltaBio 100 se pose au robinet de la cuisine et retient notamment le chlore responsable de ce goût.
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Questions fréquentes sur l’eau gazeuse
L’eau gazeuse fait-elle grossir ?
Non, une eau pétillante non sucrée n’apporte aucune calorie. Les bulles augmentent bien le volume de l’estomac, c’est mesuré par IRM. Mais quand on regarde ce que les gens mangent ensuite, l’apport calorique du repas est identique. Un essai randomisé japonais de 2026, mené en ouvert sur 46 adultes pendant douze semaines, a observé un grignotage moins fréquent et 0,7 kg de moins, résultats que ses auteurs qualifient eux-mêmes d’exploratoires.
L’eau gazeuse abîme-t-elle les dents ?
Tout dépend de ce qu’il y a dedans. Les eaux gazeuses nature mesurées en laboratoire affichent un pH de 5,1 à 6,5, loin de la zone d’érosion que la littérature situe au-dessous de pH 4. Les versions aromatisées contiennent en revanche de l’acide citrique ajouté : leur pH tombe entre 2,7 et 3,3, avec un pouvoir érosif comparable à celui du jus d’orange. Ce ne sont pas les mêmes produits.
Quelle eau gazeuse choisir si je surveille mon sel ?
Regarde la ligne sodium de la composition analytique, obligatoire sur toute eau minérale naturelle. La réglementation européenne autorise la mention « convient pour un régime pauvre en sodium » au-dessous de 20 mg par litre, et « sodique » au-dessus de 200 mg par litre. Entre les deux extrêmes du rayon, l’écart dépasse un facteur trois cents.
Quand faut-il en parler à un médecin ?
Si tu suis un régime pauvre en sel, si tu es suivi pour une insuffisance cardiaque ou une maladie rénale, parles-en avant de boire chaque jour une eau très minéralisée. Et indépendamment de ce que tu bois, certains signes imposent un avis médical : une difficulté à avaler, un amaigrissement, une anémie, un saignement digestif, des vomissements qui durent au-delà de 48 heures, ou des troubles digestifs qui débutent après 45 à 50 ans.
Ce qu’il faut retenir
Les bulles ont bon dos. Elles n’attaquent pas tes os : le procès visait les colas caféinés. Elles n’attaquent pas ton émail non plus, et ce sont les versions aromatisées qui posent problème. Elles ne font ni digérer, ni maigrir, ni courir plus vite : sur ces points, le niveau de preuve est trop mince pour affirmer quoi que ce soit.
Ce qui distingue réellement deux bouteilles d’eau gazeuse, c’est leur composition. Et elle est imprimée sur l’étiquette parce que la loi l’impose. La prochaine fois que tu hésites au rayon, ignore la promesse en gros caractères et cherche la ligne sodium en petits. C’est la seule chose qui change vraiment quelque chose, et c’est gratuit.
⚠️ Avertissement médical
Cet article est une information générale. Il ne remplace ni un diagnostic ni un avis médical personnalisé. Tu suis un régime pauvre en sel ? Tu es traité pour une insuffisance cardiaque, une hypertension ou une maladie rénale ? Parle à ton médecin ou à un diététicien avant de boire chaque jour une eau très minéralisée. Pour l’alimentation d’un nourrisson, seule une eau non effervescente portant la mention dédiée convient.
Indépendamment de ce que tu bois, les recommandations françaises sur l’endoscopie digestive haute, publiées par l’ANAES en mars 2001, retiennent des signes qui justifient un avis médical sans attendre :
- une difficulté à avaler ;
- un amaigrissement non expliqué ;
- une anémie ;
- un saignement digestif ;
- des nausées ou des vomissements qui persistent au-delà de 48 heures ;
- des troubles digestifs qui débutent après 45 ans, ou un reflux qui débute après 50 ans ;
- des symptômes qui récidivent dès l’arrêt du traitement ou qui y résistent.
Ces signes n’ont rien à voir avec l’eau gazeuse : ils appellent une consultation quoi que tu boives. En cas de doute, ton médecin traitant reste le bon interlocuteur.
Les sources, en détail
Toutes les affirmations chiffrées de cet article sur l’eau gazeuse sont vérifiables. Les références sont classées par section, avec ce que chaque source dit réellement et, quand c’est utile, ce qu’elle ne dit pas.
Eau gazeuse et santé osseuse
- Tucker KL et coll., Am J Clin Nutr 2006, PMID 17023723 : étude transversale Framingham, 2 538 participants. « Colas, but not other carbonated beverages, are associated with low bone mineral density in older women. » Aucun effet chez les hommes, aucun au rachis, et pas d’apport en phosphore plus élevé chez les buveurs de cola.
- Wyshak G et Frisch RE, J Adolesc Health 1994, PMID 8075091 : 127 adolescents recrutés notamment dans un club de natation. « No association between the non-cola drinks and bone fractures was found. »
- Heaney RP et Rafferty K, Am J Clin Nutr 2001, PMID 11522558 : quatre sodas gazeux, acide phosphorique contre acide citrique. « Acidulant type has no acute effect » ; la calciurie n’augmente qu’avec la caféine.
- Schoppen S et coll., Br J Nutr 2005, PMID 15877873 : 18 femmes ménopausées, 1 L par jour d’eau minérale sodée et pétillante pendant 8 semaines, périodes consécutives non randomisées. Remodelage osseux inchangé, calciurie plus basse.
- Schoppen S et coll., Int J Food Sci Nutr 2008, PMID 17886090 : essai randomisé sur 18 femmes ménopausées, sans effet sur l’excrétion des minéraux osseux.
- Schoppen S et coll., J Nutr 2004, PMID 15113945 : « blood pressure levels did not change throughout the study » sous 1 L par jour d’eau minérale sodée et pétillante. Devis séquentiel non randomisé : une piste, pas une preuve.
Eau gazeuse et émail dentaire
- Parry J et coll., J Oral Rehabil 2001, PMID 11556958 : dissolution de l’émail « of the order of one hundred times less than the comparator soft drinks », et le dégazage ne change presque rien.
- Brown CJ et coll., Int J Paediatr Dent 2007, PMID 17263857 : eaux gazeuses aromatisées, pH 2,74 à 3,34, pouvoir érosif de 89 à 143 % de celui du jus d’orange.
- Morgado M et coll., Clin Exp Dent Res 2022, PMID 35191217 : pH mesuré de 105 eaux embouteillées, dont 32 gazeuses. Perrier 5,09, Badoit 5,82, Vichy Célestins 6,30, Saint-Yorre 6,51.
- Reddy A et coll., J Am Dent Assoc 2016, PMID 26653863 : 379 boissons analysées, zone érosive définie au-dessous de pH 4.
- Dawes C, J Can Dent Assoc 2003, PMID 14653937 : « the critical pH does not have a fixed value », il dépend du calcium et du phosphate.
- Ryu HK et coll., Korean J Orthod 2018, PMID 29291188 : émail mordancé, immersions de 45 minutes par jour pendant 7 jours, sans salive. Le groupe faiblement gazéifié avec calcium ne différait pas du témoin.
- UFSBD, recommandations professionnelles et American Dental Association, MouthHealthy : la première vise les jus, sodas, vin et eaux parfumées, sans mentionner l’eau pétillante nature ; la seconde, page grand public non datée, la juge « generally fine for your teeth ».
Sodium et bicarbonates de l’eau gazeuse
- OMS, aide-mémoire sur la réduction du sel : moins de 2 000 mg de sodium par jour, soit moins de 5 g de sel.
- EFSA, avis 2019 sur le sodium : 2,0 g de sodium par jour comme apport « sûr et adéquat » pour l’adulte, ce qui n’est pas exactement une limite sanitaire.
- ANSES, avis 2012-SA-0052 : objectifs français de réduction des apports en sel.
- HAS, guide du parcours de soins Insuffisance cardiaque, validé par le Collège en février 2012 et actualisé en juin 2014 sur un autre volet : « les eaux gazeuses » figurent parmi les produits les plus contributeurs en sel. Cible de moins de 6 g de sel par jour, et mise en garde contre une restriction stricte chez la personne très âgée.
- Kessler T et Hesse A, Br J Nutr 2000, PMID 11177203 : une eau à 1 715 mg de bicarbonates par litre alcalinise les urines et abaisse la sursaturation en oxalate de calcium. Critères urinaires, pas récidive de calculs.
- Revue Cochrane 2020, Water for preventing urinary stones, PMID 32045491 : un seul essai en prévention secondaire, preuve de faible certitude. Ce qui compte est le volume bu, pas la minéralisation.
- Méta-analyse 2025 sur le bicarbonate de sodium, PMID 41416636 : dose étudiée de 0,3 g par kilo, effet négligeable après ajustement, et 29,5 % de troubles digestifs contre 2,6 % sous placebo.
Eau gazeuse, digestion, satiété et reflux
- Cuomo R et coll., Eur J Gastroenterol Hepatol 2002, PMID 12352219 : 21 patients, deux groupes parallèles, 15 jours. Conclusion verbatim : « carbonated water decreases satiety ». Jamais répliqué.
- Pouderoux P et coll., Dig Dis Sci 1997, PMID 9009113 : vidange gastrique inchangée, seule la répartition intragastrique du repas se modifie.
- Essai en IRM, Nutr J 2011, PMID 21999723 : volume gastrique augmenté, apport calorique du repas identique.
- Eweis DS et coll., Obes Res Clin Pract 2017, PMID 28228348 : étude sur des rats mâles ; volet humain limité à un dosage de ghréline chez 20 hommes, sans mesure de la prise alimentaire.
- Essai randomisé, Scientific Reports 2026 : 46 adultes, 12 semaines, en ouvert. Grignotage et poids légèrement en baisse, résultats qualifiés d’exploratoires par les auteurs eux-mêmes.
- Recommandation américaine sur le RGO, Am J Gastroenterol 2022, PMC8754510 : la seule recommandation diététique formelle est d’éviter ses propres aliments déclencheurs, recommandation conditionnelle de faible niveau de preuve.
- Consensus européen 2025 sur le ballonnement fonctionnel, PMC12606050 : les mesures diététiques retenues sont le régime pauvre en lactose et le régime pauvre en FODMAP. Les boissons gazeuses n’y figurent pas.
Cadre réglementaire de l’eau gazeuse
- Directive 2009/54/CE : annexe I partie III pour les trois catégories d’eaux effervescentes, annexe III pour les mentions à seuil, article 4 pour la liste fermée des traitements, article 9 pour l’interdiction de toute allégation de prévention, de traitement ou de guérison.
- Code de la santé publique, articles R.1322-44-9 et suivants : dénominations de vente, étiquetage et interdictions, transposition française de la directive.
- Arrêté du 14 mars 2007 et ses annexes III et IV au JORF : mentions autorisées, avertissement fluor obligatoire au-delà de 1,5 mg par litre, et exclusion des eaux effervescentes de la mention destinée aux nourrissons.
- Règlement CE 1924/2006 : seuil de 2 mg de sodium pour 100 mL pour les eaux autres que minérales naturelles, et interdiction de l’allégation « très pauvre en sodium » sur les eaux.
- ANSES, fiche sur l’alimentation des nourrissons et lignes directrices sur les eaux minérales naturelles : l’agence renvoie à la mention d’étiquetage dédiée aux nourrissons.
- ANAES, endoscopie digestive haute, mars 2001 : la liste des signes d’alarme reprise dans l’encadré ci-dessus, et rien de plus.
Histoire de l’eau gazeuse
- Joseph Priestley, Directions for Impregnating Water with Fixed Air, Londres, 1772, exemplaire de la Wellcome Library en accès intégral, texte complet. Domaine public. Les citations sont données par section, sans pagination, le fac-similé n’ayant pas été collationné page à page.
- John Pringle, Six Discourses, Londres, 1783 : le discours de remise de la médaille Copley crédite Cavendish et Brownrigg, et donne le motif officiel de la récompense.
- The Record of the Royal Society of London, 1912 : médaille Copley listée à l’année 1772, élection de Priestley comme Fellow en 1766.
- Priestley, Observations on different kinds of air, Phil. Trans. 1772 : le mémoire effectivement récompensé, et non la brochure sur l’eau gazeuse.
- Archives départementales du Gard, cote 5 M 259 : la source des Bouillens, le bassin romain découvert en 1830, l’achat par le docteur Louis Eugène Perrier en 1898 et les réclames d’époque. L’épisode d’Hannibal y est présenté comme une légende.
- Monuments historiques, notice PA42000045 : source Fontfort, Auguste Saturnin Badoit fermier de la source en 1837, usine édifiée à la fin des années 1860.
- Monuments historiques, notice PA03000071 : la « guerre des sources » du bassin de Vichy entre 1870 et 1890, et l’intégration des sources au domaine de l’État en 1927.
Une précision de méthode, pour finir. Il n’existe à ce jour aucune revue Cochrane, aucune revue systématique et aucune méta-analyse consacrée à l’eau pétillante nature et à la santé osseuse, dentaire ou digestive. Cette absence a été vérifiée avec un contrôle positif renvoyant plus de 20 000 revues, pour s’assurer que le filtre de recherche fonctionnait bien. Les revues systématiques disponibles portent sur les sodas. Le niveau de preuve est donc faible dans les deux sens : ni nocivité démontrée, ni innocuité démontrée à long terme.
Article rédigé par
Chris Durand
Fondateur et éditeur d'Oliceo depuis 2006. J'explore les pratiques de bien-être qui tiennent sur la durée : symbolique du corps, psychosomatique, traditions holistiques, sobriété. Plus sur moi sur la page auteur.
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Publié le 27 septembre 2026 · Voir tous les articles de Chris Durand →






