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Home Remède Naturel

Extrait de plante : l’étiquette ne suffit pas

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Chris DurandPar Chris Durand
Temps de lecture: 17 mins
28/10/2026
A A
Pot en céramique blanche fermé, portant une étiquette entièrement vierge, sur un plan de travail nu : extrait de plante
Tags: complément alimentairecurcumaextrait de plantenutrivigilancephytothérapieplantes médicinalesRemède naturel

Tu es devant le rayon, et c’est la même plante trois fois. Des sachets à infuser d’un côté, des gélules de poudre au milieu, un flacon d’extrait de plante au bout. Trois prix, trois promesses, et cette impression rassurante de choisir entre trois versions d’une seule et même chose.

Et là, tu te demandes peut-être : est-ce vraiment la même chose ? La plante est identique, après tout. C’est bien son nom qui s’affiche en gros sur les trois boîtes, et c’est lui qui t’a fait t’arrêter.

Franchement, non. Entre ces trois boîtes, ce qui change n’est pas la plante, c’est la préparation, et avec elle la quantité qui arrive réellement dans ton sang. Une agence sanitaire française l’a écrit noir sur blanc, et a ajouté que l’emballage, lui, ne le précise presque jamais.

Tu n’achètes pas une plante, tu achètes une préparation

Il existe un endroit où cette distinction est prise au sérieux : les monographies de plantes publiées par l’Agence européenne des médicaments. Ce sont des documents de référence, rédigés par son comité des médicaments à base de plantes. Ils ne fixent jamais une dose par plante. Ils fixent une dose par préparation.

Prends le millepertuis, dont la monographie européenne a été révisée en novembre 2022. Le traitement des épisodes dépressifs légers à modérés n’y est reconnu qu’à des extraits secs, sous forme solide orale, identifiés par leur solvant. L’infusion de la même plante, elle, figure parmi les préparations d’usage traditionnel, avec une indication nettement plus modeste : la fatigue mentale passagère.

Même plante, même monographie, même page. Deux préparations, deux indications différentes. Ce n’est pas une subtilité d’expert : c’est la structure même du document.

Le DER, ce rapport que presque personne ne lit

Sur beaucoup de boîtes, un sigle discret accompagne un extrait de plante : DER, pour rapport drogue sur extrait. L’Agence européenne des médicaments le définit dans ses lignes directrices comme le rapport entre la quantité de plante mise en oeuvre et la quantité de préparation obtenue.

La lecture a un piège. Le chiffre écrit avant les deux-points désigne la plante, celui écrit après la préparation. Un DER 5:1 veut donc dire cinq parts de plante pour une part d’extrait de plante. Mais un DER 1:8, courant sur les extraits liquides, dit exactement l’inverse.

  • Une tisane n’a pas de DER : rien n’a été extrait, la dose se compte en grammes de plante.
  • Une poudre simple n’en a pas non plus, pour la même raison.
  • Un extrait de plante en porte un, et l’agence distingue encore le DER natif, qui exclut les excipients ajoutés après extraction.

Cette dernière ligne mérite qu’on s’y arrête. La masse inscrite sur une gélule n’est pas forcément celle de l’extrait de plante lui-même : un support technologique peut en occuper une partie.


Le curcuma, ou la limite qui cesse de s’appliquer

Le meilleur exemple vient d’un avis de l’Anses consacré au curcuma, publié après des signalements d’effets indésirables. Il existe une dose journalière admissible pour la curcumine, fixée à 3 mg par kilo et par jour par le Jecfa et l’Efsa. L’Anses la traduit en clair : un apport maximum de 180 mg par jour de curcuminoïdes pour un adulte de 60 kg.

Jusque-là, tout va bien. Sauf qu’une partie du marché vend des formulations conçues pour que le corps en absorbe davantage : ajout de pipérine, complexe phytosomal, micelles, encapsulation. Le but affiché est d’augmenter la biodisponibilité, c’est-à-dire la part qui passe réellement dans le sang.

L’Anses écrit alors ceci, et c’est tout le sujet de cet article : cette biodisponibilité accrue expose, pour une même prise, le consommateur à une dose interne plus élevée que celle qui résulterait de la consommation d’une formulation classique.

La dose journalière admissible établie par l’Efsa n’est pas applicable pour les formulations dont la biodisponibilité de la curcumine est augmentée.

Autrement dit, le repère chiffré que tu croyais avoir ne tient plus dès que la forme change. Et l’agence ne le remplace pas : elle demande aux industriels de fournir des données propres à ces formes afin qu’une dose maximale puisse enfin être établie. En attendant, il n’y en a pas.

Et l’emballage, lui, se tait

L’Anses ajoute une phrase qui vaut d’être lue deux fois. L’étiquetage ou l’emballage ne comporte pas ou rarement d’indication ou de précision sur ces formulations spécifiques, ce qui peut conduire le consommateur à prendre à son insu une dose potentiellement toxique.

Une enquête de la répression des fraudes sur le curcuma, citée dans le même avis, en donne une illustration concrète. Dans un échantillon, de la pipérine a été identifiée alors que l’étiquetage ne la mentionnait pas. Or c’est précisément elle qui augmente l’absorption.


Ce que ça ne veut pas dire : la tisane n’est pas un filtre

Il serait tentant d’en tirer une règle simple et rassurante : la tisane serait douce, la gélule serait forte. C’est faux, et il vaut mieux le savoir.

L’infusion réduit souvent la dose, mais elle ne retient pas tout. Des travaux publiés en 2025 ont mesuré le passage dans l’eau d’infusion de certains alcaloïdes indésirables, présents dans des lots contaminés par des plantes adventices : entre 30 % et 68 % selon les cas, environ la moitié en moyenne. Le temps d’infusion n’y changeait pas grand-chose.

Plusieurs accidents documentés concernent d’ailleurs des infusions. Des atteintes neurologiques ont été rapportées chez des nourrissons après des tisanes de badiane, le plus souvent à cause d’une confusion entre deux espèces voisines. Des hépatites ont été décrites après des infusions de germandrée.

Le thé vert, cas d’école dans l’autre sens

Le rapport du Comité de coordination de toxicovigilance sur le thé vert pose la distinction de la façon la plus nette. Il rappelle que le thé vert est consommé traditionnellement sous forme d’infusion à l’eau bouillante, alors que les spécialités emploient une poudre ou un extrait de plante.

Et il conclut que la survenue de cas d’hépatite a été préférentiellement reliée à l’extraction hydro-alcoolique. Une enquête de pharmacovigilance française avait retenu en 2003 vingt-cinq cas d’atteinte hépatique, dont un ayant conduit à une greffe. Ce sont des cas rapportés, pas une fréquence : personne n’écrit que le thé vert serait toxique.

Les interactions ne sont pas réservées aux formes concentrées

Même prudence du côté des médicaments. Le millepertuis et ses interactions médicamenteuses restent le cas le mieux étudié, et l’intensité de l’effet y suit bien la teneur de la préparation. Mais l’avis de l’Anses sur le curcuma rapporte aussi des interactions survenues à des quantités alimentaires, quelques grammes par jour, chez des personnes sous traitement.

Ce qui compte n’est donc pas la mention « concentré » sur l’emballage. C’est la quantité qui arrive dans le sang, et l’étroitesse de la marge de sécurité du médicament concerné.

Et du côté des preuves, le terrain est maigre

Il faut aussi dire ce qui n’existe pas. Les revues Cochrane consacrées à la valériane et à la passiflore dans l’anxiété datent de 2006 et 2007, n’ont jamais été mises à jour, et concluaient déjà qu’il y avait trop peu d’essais pour trancher.

Surtout, aucune synthèse n’a comparé, dans des essais randomisés et sur un critère d’efficacité, une tisane à un extrait de plante de la même espèce. La variable dont tout dépend n’a pas été mesurée. C’est une lacune, pas une preuve d’équivalence.


L’ail, jugé deux fois en sens contraire

Le droit raconte la même histoire, et il le fait avec une seule plante : l’ail.

Premier épisode. Le 15 novembre 2007, la Cour de justice de l’Union européenne condamne l’Allemagne pour avoir classé comme médicament une préparation d’ail sous la forme de gélules. Dans cet arrêt, elle rappelle que la forme extérieure donnée à un produit ne saurait constituer un indice exclusif et déterminant. Elle relève même que la forme de gélule n’est pas propre aux médicaments.

Elle a complété ce raisonnement le 15 janvier 2009, dans un second arrêt : un produit n’est médicament par fonction que s’il peut modifier les fonctions physiologiques de manière significative. La gélule ne fait donc pas le médicament. La dose et l’effet, si.

Deuxième épisode : la forme décide quand même, mais d’autre chose

Le code de la santé publique réserve aux pharmaciens la vente des plantes médicinales inscrites à la pharmacopée, sous réserve de dérogations. La principale est l’article D. 4211-11, issu d’un décret de 2008. Il libère une liste de plantes qui peuvent, selon ses propres termes, sous la forme que la liste précise, être vendues par des personnes autres que les pharmaciens.

Ces quelques mots font tout. J’ai compté les 148 entrées de cette liste, une par une, dans le texte consolidé du code :

  • 74 entrées ne sont libérées qu’en l’état,
  • 56 en l’état ou en poudre,
  • 12 seulement admettent un extrait, et toujours un extrait sec aqueux.

L’ail y figure en l’état et en poudre. Rien d’autre. Vendre de l’ail en poudre hors pharmacie est licite ; un extrait de plante obtenu autrement sort de la dérogation, et vendre des plantes médicinales en dehors du cadre prévu expose aux sanctions pénales inscrites dans le même code.

La forme ne suffit pas à faire un médicament, mais elle suffit à décider qui a le droit de vendre.

Une seconde dérogation, souvent oubliée, libère aussi la vente des compléments alimentaires contenant des plantes médicinales dont l’emploi a été autorisé à ce titre. C’est ce qui explique que la même espèce se trouve au supermarché et à l’officine, sous deux formes différentes.


Ce que tu peux faire, concrètement

Il y a une conséquence très pratique à tout ceci, et elle surprend souvent : le même effet indésirable ne se signale pas au même endroit selon le statut du produit.

Deux vigilances, deux niveaux d’obligation

S’il s’agit d’un médicament, y compris un médicament traditionnel à base de plantes, c’est la pharmacovigilance. Le code de la santé publique est net : le médecin, le chirurgien-dentiste, la sage-femme, le pharmacien ou l’infirmier déclare immédiatement tout effet indésirable suspecté. Les patients, eux, peuvent déclarer. C’est la rubrique que tu trouves au dos de chaque notice.

S’il s’agit d’un complément alimentaire, c’est la nutrivigilance, confiée à l’Anses. Et là, le verbe change. Le texte prévoit que participent au dispositif les professionnels de santé qui l’acceptent, ainsi que les particuliers. Une obligation d’un côté, une participation volontaire de l’autre.

Le dispositif, mis en place le 13 novembre 2009, avait reçu 9 172 signalements au 31 décembre 2024, d’après le rapport annuel de l’agence. Ce sont des signalements reçus, pas des cas confirmés. Mais tu peux y contribuer toi-même, ce que presque personne ne sait.

Quatre réflexes devant une boîte

  • Cherche la forme avant le nom de la plante : infusion, poudre, extrait sec, teinture.
  • S’il y a un DER, lis-le dans le bon sens, et retiens que la masse affichée peut inclure des excipients.
  • Repère les mots qui signalent une absorption augmentée : pipérine, poivre noir, phytosome, micelles, liposomal.
  • Garde la boîte et montre-la à ton pharmacien, plutôt que de décrire le produit de mémoire.

L’Anses résume l’enjeu mieux que moi, dans une note sur l’information des consommateurs : la mention de la présence de plantes peut parfois être faussement rassurante pour le consommateur, certaines plantes pouvant présenter un risque selon le type d’extraits de plantes ou la sensibilité de populations particulières.

Les situations où l’avis vient avant la prise

Quelques cas demandent un avis médical ou pharmaceutique avant, et non après. L’Anses rappelle aux femmes enceintes de ne pas consommer de compléments alimentaires sans l’avis d’un professionnel de santé, et la même prudence vaut pour l’allaitement et les enfants, faute de données.

Pour le curcuma, l’agence déconseille la consommation sans avis médical aux personnes traitées par anticoagulants, anticancéreux ou immunosuppresseurs. Pour la levure de riz rouge, elle cite nommément l’insuffisance rénale, l’atteinte hépatique évolutive et l’hypothyroïdie non traitée. Avant une opération, signale à l’équipe médicale tout ce que tu prends.

Pour aller plus loin

Si le sujet t’intéresse, le guide complet des soins et remèdes naturels pose le cadre général. Tu peux ensuite regarder une plante à la fois : les bienfaits de la valériane, les bénéfices prêtés au curcuma ou les plantes contre la migraine.

Du côté des infusions, nos pages sur les tisanes pour dormir et sur les meilleures infusions naturelles donnent les doses usuelles. Et si tu prends déjà un traitement, l’article sur les médicaments et le sommeil rappelle pourquoi on en parle avant de changer quoi que ce soit.


Questions fréquentes sur l’extrait de plante

Un extrait de plante est-il plus efficace qu’une tisane ?

Aucune étude n’a comparé, chez l’humain et sur un critère d’efficacité, une tisane à un extrait de la même plante. L’écart documenté porte sur la dose délivrée, pas sur un bénéfice démontré. Un extrait de plante apporte en général davantage de composés qu’une infusion, ce qui ne veut pas dire qu’il agit mieux.

Que veut dire le sigle DER sur une boîte ?

C’est le rapport entre la quantité de plante employée et la quantité de préparation obtenue. Le chiffre écrit avant les deux-points désigne la plante, celui d’après la préparation. Un DER 5:1 signifie cinq parts de plante pour une part d’extrait de plante. Un DER 1:8, fréquent sur les extraits liquides, signifie l’inverse.

Une tisane est-elle toujours plus sûre qu’une gélule ?

Non. L’infusion réduit souvent la dose, mais elle ne filtre pas tout. Des travaux publiés en 2025 montrent que certaines substances indésirables passent dans l’eau d’infusion pour environ la moitié de leur quantité. Des cas ont aussi été rapportés avec de simples poudres de feuilles.

Pourquoi une même plante se vend-elle parfois en pharmacie seulement ?

Parce que le droit français indexe la dérogation au monopole pharmaceutique sur la forme. L’article D. 4211-11 du code de la santé publique libère 148 entrées, mais chacune pour une forme précise. L’ail, par exemple, y figure en l’état et en poudre, et rien d’autre.

Quand faut-il en parler à un médecin ou à un pharmacien ?

Avant d’en prendre, et non après, dans plusieurs situations : grossesse, allaitement, enfants, traitement par anticoagulant, anticancéreux ou immunosuppresseur, maladie du foie, des reins, de la thyroïde ou du coeur, et avant une intervention chirurgicale. Signale aussi tout effet inhabituel ressenti après une prise.

Ce qu’il faut retenir tient en une phrase : le nom de la plante, sur une boîte, est l’information la moins utile. Entre une tisane et un extrait de plante, la forme de préparation décide de la dose qui entre dans ton corps. Elle décide aussi du statut juridique du produit, de qui a le droit de te le vendre, et même de l’endroit où tu signaleras un problème.

Ce n’est pas une raison de se méfier des plantes. C’est une raison de lire la ligne qui se trouve sous leur nom, et de poser la question à ton pharmacien quand cette ligne ne dit rien. Une étiquette muette n’est pas une étiquette rassurante.


Cet article est une information générale. Il n’est ni un avis médical, ni une consultation, et il ne permet pas de décider à la place d’un médecin ou d’un pharmacien. Les chiffres cités décrivent des groupes d’étude ou des signalements, pas ton cas personnel.

Pour savoir ce qui s’applique à ta situation, à tes traitements et à tes antécédents, la réponse ne peut venir que d’un professionnel de santé. Si tu ressens un effet indésirable après avoir pris un complément alimentaire, parles-en à ton médecin ou à ton pharmacien ; il peut être déclaré à la nutrivigilance.

Sources

  • Anses, avis relatif aux compléments alimentaires contenant du curcuma (saisine 2019-SA-0111)
  • Anses, effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma
  • Anses, compléments alimentaires à base de plantes et information des consommateurs
  • Anses, rapport d’activité 2024 du dispositif de nutrivigilance
  • Anses, compléments alimentaires et grossesse
  • Anses, compléments alimentaires à base de levure de riz rouge
  • Comité de coordination de toxicovigilance, thé vert, cas recensés dans les centres antipoison entre 2000 et 2010
  • Agence européenne des médicaments, monographie européenne Hypericum perforatum L., herba, révision 1, 23 novembre 2022
  • Agence européenne des médicaments, ligne directrice sur la déclaration des substances et préparations à base de plantes
  • Cour de justice de l’Union européenne, 15 novembre 2007, Commission contre Allemagne, affaire C-319/05
  • Cour de justice de l’Union européenne, 15 janvier 2009, Hecht-Pharma, affaire C-140/07
  • Code de la santé publique, texte consolidé (articles L. 4211-1, D. 4211-11, D. 4211-12, L. 4223-1, R. 1323-1, R. 1323-4, R. 5121-161, L. 5121-14-1, R. 5121-107-3)
  • Anses, portail de déclaration de nutrivigilance
Chris Durand

Article rédigé par

Chris Durand

Fondateur et éditeur d'Oliceo depuis 2006. J'explore les pratiques de bien-être qui tiennent sur la durée : symbolique du corps, psychosomatique, traditions holistiques, sobriété. Plus sur moi sur la page auteur.

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